Une classe de banlieue au pays des mille fromages (13)

« Alors, faute de se déplacer en France, on a fait du jardinage »

Mai 2006 / Deux départs

A l’école dès 6 heures 30. Deux départs ce matin à accompagner. Une petite pluie fine, mais Météo France nous confirme que sur le littoral, le soleil a percé les nuages. « Oléron » part à 7 heures 30 et « Port Bail » à 8 heures 15. Comme il n’y a pas de rues dans le quartier, nous devons attendre l’autocar tout au bout de la cité, au bord d’une route à trois voies. Mais tout le monde a maintenant l’habitude et les enfants sont à l’heure, avec des bagages adaptés. Deux contrariétés : Flora et Haroun manquent à l’appel. Comme nous l’avions redouté, la mère de Flora règle ses comptes avec l’école en empêchant sa fille de partir. Pour Haroun, nous ne savons pas ce qui se passe.

Point 2016-2017 / Charlie de plein fouet

Petit à petit, les voyages sont devenus de plus en plus difficiles à réaliser et leur nombre s’est drastiquement réduit, pendant que l’on s’habituait aux reculs sociaux, aux enfants hébergés, à la misère, aux parents égarés. Alors, faute de se déplacer en France, on a fait du jardinage, car les enfants ont besoin de racines, et planter des graines, remuer la terre leur fait toujours du bien, en inscrivant leur enfance dans une terre qui se trouve quelque part. On a colonisé la butte qui nous sépare de la voie de chemin de fer : un terrain qui appartient pour moitié à la ville et pour moitié à RFF (Réseau ferré de France), mais séparé de la cour par une petite barrière, avec une porte pour permettre aux jardiniers de tondre la pelouse. On a travaillé au compostage, à la récupération des épluchures de légumes et des trognons de pommes de la cantine.

On en était là lorsque l’attentat de Charlie nous a frappé de plein fouet. Personne dans l’équipe ne lisait ce journal et moi-même je n’aimais pas beaucoup l’humour gras franchouillard qui y régnait. Mais assassiner des journalistes rappelle à chacun « les heures les plus noires de notre histoire », celles dont tout le monde pensait qu’elles ne reviendraient pas. On a donc décidé de faire la minute de silence tous ensemble et non pas chacun dans sa classe, et j’ai écrit un petit discours, car dans les réunions de classe, les enseignants se sont tous aperçu que les enfants avaient été confrontés à des images, à des discussions, à des récits, mais que personne, souvent, n’avait pris le temps de parler avec eux et pas seulement devant eux.

A suivre…

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