Elections professionnelles dans l’éducation : « un camouflet pour le ministre » selon le SNUipp. Le SNES perd presque 2 points

Selon les résultats de 95 départements, collectés vendredi 5 décembre à 19 heures 45 par le syndicat SNUipp-FSU (principal syndicat d’enseignants du 1er degré), cette organisation serait en progression de plus de deux points aux élections professionnelles de l’éducation nationale du 3 décembre, par rapport au précédent scrutin de 2005.

Le SNUipp, sur ces 95 départements, recueille en effet 47,43% des voix, contre 45,09% en 2005, soit une augmentation de 2,34 points.

Le nombre de départements où le SNUipp détient la majorité en sièges aux CAPD (commissions administratives paritaires départementales) passe de 70 à au moins 82. Les départements ayant ainsi « basculé » sont: l’Aude (11), la Charente-maritime (17), le Cher (18), la Loire-Atlantique (44), la Mayenne (53), la Meurthe-et-Moselle (54), la Nièvre (58), le Haut-Rhin (68), la Haute-Savoie (74), la Somme (80), le Tarn (81) et les Vosges (88).

Le SE-UNSA (syndicat des enseignants) toujours sur les 95 départements dont les résultats sont connus, recueille 22,42% des suffrages exprimés, contre 24,23% en 2005, soit un recul de 1,81 points.

Le SGEN-CFDT réalise un score de 7,73%, contre 8,01% en 2005, soit un recul de 0,28 point.

FO obtient 7,76% contre 7,87 en 2005 (moins 0,11)

Sud recueille 6,43% des suffrages contre 5,56% en 2005, soit une progression de 0,87 point.

Résultats des plus petites listes: le SNE obtient 2,51%, la CGT 2,25%, Avenir Ecole 1,29%, le SNEP ,0,75% et la CFTC 1,39%.

Les seuls départements encore manquants sont le 93 (Seine-Saint-Denis), le 13 (Bouches-du-Rhône), le 59 (Nord), ainsi que la Martinique et la Guyane). Leurs résultats sont susceptibles de faire varier le score mais pas de changer la tendance.

Ces résultats, a commenté Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp, sont « un camouflet pour le ministre ». Celui-ci avait récemment déclaré que les enseignants « ne méritent pas leurs syndicats ».

Plus difficiles à collecter du fait de la diversité des catégories, les résultats de l’enseignement secondaire devraient être connus dans la nuit de vendredi à samedi. Le communication par le ministère des résultats complets et définitifs est prévue pour le lundi 8 décembre.

Le SNES en baisse de 1,9 point

Le SNES-FSU, principal syndicat dans l’enseignement secondaire, indique samedi matin sur son site qu’il baisse de 1,9 point par rapport aux précédentes élections.

Le SNES, annonce le communiqué « recueille la moitié des votes exprimés dans les CAPN où il présente des listes. Sa place de premier syndicat du second degré est ainsi confortée. Tout en enregistrant une baisse de 1,9 point, il reste loin devant les autres organisations syndicales : le SGEN-CFDT obtient environ 11 % des voix, suivi du SNALC (9,5%), du SE-UNSA (8%), de FO (6,5%) et de SUD (6,5%). Tous les autres sont en dessous de la barre des 3% des voix.»

Selon le SNES, « la hausse significative de la participation (près de 65 % des inscrits) dans un secteur où elle a toujours été importante témoigne de l’attachement des personnels au paritarisme et dément les propos du ministre sur le divorce entre les organisations syndicales et la profession ».

L.C.

Les enseignants aiment leurs syndicats

Rien à faire : malgré tous les messages suggérant ou espérant un divorce et malgré de multiples déclarations –  notamment de Xavier Darcos – tendant à opposer les uns aux autres, les enseignants continuent de se sentir représentés par leurs organisations syndicales. Et ils viennent de le prouver à nouveau en participant massivement à leurs élections professionnelles. Lors de ces élections pour les corps enseignants, d’éducation et d’orientation, qui se sont déroulées le mardi 2 décembre 2008, le taux de participation est en hausse tant dans le second degré que dans le premier.

Dans l’ensemble des corps du second degré, il atteint 64,6 %, soit une augmentation de plus de 3 points par rapport au taux de participation des précédentes élections, de 2005, et un score très voisin du taux de participation de 2002 (64,9%). La participation, partout majoritaire, n’est pas égale selon les catégories : elle atteint 59,7% chez les professeurs agrégés, 63,4% chez les professeurs certifiés et 65,3% chez les professeurs de lycée professionnel.

Dans le premier degré, le taux de participation est de 62,8 %, soit une augmentation de 2,1 points par rapport à 2005 (60,7%). La participation reste toutefois éloignée de celle de 2002, qui dépassait 67%. Selon le SNUipp-FSU, la progression enregistrée cette année « montre l’attachement des enseignants des écoles à leurs organisations syndicales et indique que les déclarations ministérielles «brocardant» les responsables syndicaux sont sans objet ».

Sur un total (tous degrés confondus) de 766 000 inscrits, 489 000 ont voté, soit un taux global de participation de 63,8%  lors de ces élections destinées à désigner les représentants des différentes organisations professionnelles représentatives des personnels dans les instances paritaires. Cette bonne participation « témoigne de la forte représentativité des organisations syndicales enseignantes, ce dont se félicite le ministre de l’Education nationale », dit le communique officiel.

Le dépouillement a commencé vendredi 5 décembre 2008. Les résultats officiels sont prévus lundi, mais les tendances – si tendance repérable il y a – devraient être connues dans la soirée du vendredi 5.

Même si le syndicalisme se porte moins mal dans l’éducation nationale que dans le secteur privé, il serait faux d’opposer la forte participation des enseignants à ce scrutin au faible score des élections prud’homales du mercredi 3 décembre (seulement 25,5% de participation). En effet, dans le privé, si les prud’homales « marchent » mal, les dernières élections aux comités d’entreprise (en 2005-2006) ont enregistré, elles, un taux de participation de 63,8%.

Luc Cédelle

Xavier Darcos à propos des enseignants de maternelle : « si je les ai blessés, je m’en excuse auprès d’eux ! »

  Les plus grandes nouvelles du jour nous arrivent de la Haute Assemblée. Toujours lors de la séance publique du Sénat consacrée, le mercredi 3 décembre, à l’examen des crédits 2009 de l’enseignement scolaire, Xavier Darcos a présenté ses « excuses » aux enseignants d’école maternelle qui auraient été « blessés » par ses propos tenus le 3 juillet sur le niveau de recrutement des enseignants accueillant les enfants de moins de trois ans.M. Darcos s’était demandé, en parlant de l’accueil des enfants de cette tranche d’âge, s’il était « vraiment logique (…) que nous fassions passer des concours bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches? »

Filmé par la chaîne Public Sénat, cet échange entre le ministre et la commission des finances du Sénat avait été remis en ligne par un internaute en septembre et n’a cessé, depuis, de susciter la polémique, au point que, ces dernières semaines, les manifestants hostiles au ministre brandissaient des couches-culottes.

Les syndicats et les associations de professeurs des écoles s’étaient indignés de propos jugés par eux « insultants ». Xavier Darcos, de son côté, avait toujours soutenu qu’il avait été compris à l’inverse de ses intentions. Selon lui son propos visait justement à souligner qu’il ne fallait pas confondre école maternelle – « une véritable école, avec de vrais programmes » – et jardin d’enfants et qu’elle ne devait pas être une « variable d’ajustement ».

M. Darcos, pour protester de sa bonne foi, renvoyait à l’ensemble de ses propos tenus ce jour-là devant les sénateurs. Ses accusateurs aussi, si bien que la querelle n’a jamais été réglée, le ministre ayant pour sa part le sentiment d’avoir perdu à ce sujet une bataille de communication.

Voici le verbatim du passage concernant l’école maternelle dans les propos de M. Darcos le 3 juillet 2008 :

(…) Le deuxième sujet qui me préoccupe et que nous n’arrivons jamais à faire ouvrir réellement, c’est la question compliquée du préélémentaire. Tout le monde sait bien qu’en France, si nous scolarisons si tôt des tout petits enfants, à 2 ans ou 2 ans et demi, ce ne sont pas pour des raisons scolaires, mais parce que ça arrange les communes, les maires, parce que ça empêche de fermer des classes. Je serais heureux qu’un jour la nation se pose la question de la petite enfance de manière plus globale, et que la petite section de l’école maternelle ne soit pas la variable d’ajustement des communes en fonction de leur capacité ou pas d’accueillir des enfants ou pour éviter de fermer une classe.

Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l’Etat, que nous fassions passer des concours à bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question, ces personnes ayant la même compétence que si elles étaient, par exemple, institutrices en CM2. Donc la question du préélémentaire me paraît devoir être posée, mais elles est très difficile à soulever sans immédiatement amener avec elle une tempête de polémiques et de préoccupations municipales. (…)

http://www.wikio.fr/video/441514

Du 3 juillet au 3 décembre

Et voici maintenant l’extrait, sur ce même sujet, des propos du ministre devant le Sénat ce mercredi 3 décembre 2008. Le ministre s’exprime d’abord au sujet des Rased (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté)

(…)

M. Xavier Darcos, ministre.  – L’organisation actuelle démontre les limites d’une prise en charge trop partielle des difficultés scolaires. Ces difficultés ne peuvent pas être réglées en trois quarts d’heure par un intervenant extérieur, quelles que soient ses compétences professionnelles ; elles doivent être traitées dans l’établissement, toute la semaine, par un soutien approprié. Nous ne supprimons pas le soutien : les 10 000 maîtres engagés dans les Rased, continueront de se consacrer à la résolution des difficultés psychologiques et comportementales des élèves. Ils interviendront même auprès d’un plus grand nombre d’élèves : au total, au lieu de 7 élèves sur 125, ce seront 36 élèves sur 125 qui seront aidés ! Les 3 000 maîtres spécialisés affectés dans les écoles pour traiter en continu des difficultés des élèves. Je rencontrerai ces jours-ci les syndicats sur cette question, pour ajuster le dispositif. Nous avons prévu également de former, sur la base du volontariat, 40 000 enseignants à la résolution des difficultés scolaires, afin que chaque école dispose d’un « maître ressource » sur ces questions.  Je le répète solennellement : je crois profondément à l’utilité de l’école maternelle et je respecte pleinement ses professeurs, qui dispensent un véritable enseignement aux enfants.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin (sénateur des Hauts-de-Seine, membre du groupe communiste). Vous voulez les remplacer par des jardins d’éveil !

M. Xavier Darcos, ministre.  – L’école maternelle est une véritable école, qui accueille la totalité des enfants de 3 ans : c’est bien pourquoi nous l’avons dotée d’un vrai programme d’enseignement ! Quand j’ai dit, en réponse à une question sur la scolarisation des enfants dès 18 mois, qu’il ne fallait pas confondre le métier d’enseignant à la maternelle avec celui de puéricultrice, certains y ont vu une remise en cause des maîtres de maternelle ; mais telle n’était pas du tout mon intention, et si je les ai blessés, je m’en excuse auprès d’eux ! (M. Serge Lagauche applaudit) Je le répète : la totalité des enfants sont accueillis à l’école dès l’âge de 3 ans ! (Applaudissements à droite)

Reste que nous n’avons pas encore réglé, dans notre pays, la question de la scolarisation des très jeunes enfants de 2 à 3 ans. Des rapports ont été publiés sur le sujet, en particulier celui de Mme Papon et de M. Martin, sur la prise en charge spécifique des enfants de cet âge. Mais, tant que la question ne sera pas tranchée, l’éducation nationale assumera toutes ses responsabilités !

Opération anti-drogue au collège (4) : Xavier Darcos juge que «l’émotion soulevée par cette affaire est justifiée »

  A l’occasion de l’examen par le Sénat en séance publique, des crédits 2009 de la mission enseignement scolaire, au cours de la matinée du mercredi 3 décembre 2008, le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, interpellé par Ivan Renar (sénateur du Nord, membre du groupe communiste et républicain, vice-président de la commission des affaires culturelles) puis par Claude Domeizel (sénateur des Alpes de Haute-Provence, membre du groupe socialiste et membre de la commission des affaires culturelles) sur l’opération anti-drogue au collège de Marciac, a répondu que « l’émotion soulevée par cette affaire » était « justifiée ».

M. Darcos devait également s’exprimer à ce sujet devant la presse mercredi à 18 heures.

Voici l’intégralité des déclarations de M. Darcos au Sénat. Précision : dans sa question, le sénateur Renar se trompe en parlant des « événements qui se sont produits hier à Marciac » ; en fait, ces événements se sont produits le 19 novembre.

M. le président. La parole est à M. Ivan Renar, pour un rappel au règlement.

M. Ivan Renar. Mon rappel au règlement se fonde sur l’article 36 du règlement.

Je souhaite profiter de la présence de M. le ministre de l’éducation nationale pour lui faire part de notre vive émotion à la suite des événements qui se sont produits hier à Marciac.

Comme vous le savez, des forces de gendarmerie ont pénétré dans un collège de la ville en compagnie de chiens policiers. Des élèves ont fait l’objet de fouilles au corps et certaines petites filles ont même été « palpées », ce qui a suscité, vous le comprendrez, l’indignation du corps enseignant et des parents d’élèves.

Ces faits sont totalement scandaleux ! Personne ne pensait que de tels actes étaient possibles, notamment dans le cadre d’une opération dite de « prévention » !

Je voudrais donc émettre une vive protestation, monsieur le ministre.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale. Monsieur Renar, je me suis déjà exprimé sur le sujet hier soir.

Je partage votre sentiment. La manière dont les événements se sont déroulés – mes services n’ont même pas été véritablement prévenus – n’est pas conforme aux usages et ne répondait à aucune nécessité.

D’ailleurs, les conventions départementales qui existent entre le ministère de la justice et le ministère de l’éducation nationale, et il y en a une dans le Gers, imposent d’organiser des discussions entre les services concernés avant de décider d’une éventuelle opération. En l’occurrence, ces conventions n’ont pas été respectées.

L’émotion soulevée par cette affaire est d’autant plus justifiée que nos enseignants fournissent au quotidien un travail remarquable pour développer une pédagogie de la prévention.

Je m’en tiendrai donc là, mais je comprends votre émotion, monsieur Renar.

M. le président. La parole est à M. Claude Domeizel.

M. Claude Domeizel. Mon rappel au règlement n’a pratiquement plus d’objet, puisqu’il portait sur le même sujet, monsieur le ministre.

Je voulais également exprimer notre émotion à la suite de ces événements. Avec mes collègues et amis du groupe socialiste, nous souhaiterions savoir ce qui s’est réellement passé.

Certes, je n’attends pas que vous me répondiez instantanément, monsieur le ministre. Mais je pense que nous sommes en droit de demander des comptes, tant les méthodes qui ont été employées sont éloignées des pratiques éducatives normales.

Mon propos n’est pas d’accuser qui que ce soit. Je souhaite simplement que la situation soit tirée au clair.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Xavier Darcos, ministre. Monsieur Domeizel, je pense que je serai bientôt en mesure de vous apporter des éléments de réponse, puisque j’ai ordonné une enquête.

L’inspecteur d’académie du Gers a fait l’objet d’une convocation au ministère, et il sera reçu ce matin même par des membres de mon cabinet.

Nous essayons de comprendre le déroulement exact des évènements. C’est une décision de justice qui a entraîné l’intervention de la gendarmerie. Pour ce qui relève de ma responsabilité, je vous apporterai toutes les explications nécessaires.

M. Claude Domeizel. Merci !

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Ici LC, je reprends « l’antenne » pour une brève publicité en faveur d’un blog d’enseignant attestant du fait que nous restons un certain nombre dans la blogosphère à vouloir garder la tête froide, voici le lien:
http://www.samantdi.net/dotclear/index.php?2008/12/03/1209-le-gendarme-la-drogue-et-le-buzz

Opération anti-drogue du Gers (3), climat sécuritaire et information : de nouveaux développements

Preuve qu’un point très sensible a été touché, l’histoire de l’opération anti-drogue au centre de formation d’apprentis (CFA) de Pavie (Gers) continue de circuler, de faire jaser, d’indigner et de générer une infinité de commentaires sur le web. Cette histoire n’est pas, n’est plus seule, puisque circule aussi, par l’intermédiaire de plusieurs sites d’information, une alerte sur des faits similaires survenus deux jours plus tard, le 19 novembre, dans un collège à Marciac, également dans le Gers. Du coup, ce sujet est devenu en quelques jours la « top story » du moment  sur le web français. 

Xavier Darcos, le ministre de l’éducation, vient de réagir mardi soir (voir le « post » précédent) en « s’étonnant » des conditions d’intervention de la gendarmerie.

Le ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a adressé mardi une
circulaire aux préfets afin de prévenir toute confusion entre les actions de sensibilisation et les opérations de contrôle menées par la police et la gendarmerie dans les établissements scolaires.

Dans ce texte, le ministre souligne la « pertinence et l’efficacité » des
actions de sensibilisation aux drogues menées en milieu scolaire (…) mais appelle à ce qu’elles ne soient pas confondues « avec des opérations de contrôle entrant dans un cadre judiciaire, sous l’autorité du procureur ». « De telles confusions sont de nature à nuire à la compréhension et à la clarté de l’action de nos services », et « tout doit être fait pour éviter qu’elles se produisent », souligne-t-elle.

L’histoire commence à émerger du web pour accéder au statut d’information tous supports et tous formats. Pour en rester à Internet, voici quelques exemples de liens (il est désormais impossible de les donner tous et ils s’entrecroisent en exploitant le même document original mis en ligne par un parent d’élève : Frédéric David, le père de Zoé, 14 ans, une élève de classe de troisième du collège de Marciac).

http://nogarojournal.imadiez.com/2008/11/25/marciac/

http://www.rue89.com/2008/12/01/drogues-faut-il-envoyer-la-police-dans-les-colleges

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20081202.OBS3635/operation_antidrogue_en_plein_college__quand_les_gendar.html?idfx=RSS_notr

http://www.liberation.fr/societe/0101284383-operation-anti-drogue-dans-un-college-appel-a-la-mobilisation

Chacun reprenant l’information d’origine mais y ajoutant souvent une nouvelle part de travail, il apparaît ainsi que les deux opérations qui ont  fait scandale, celle de l’école des métiers de Pavie et celle du collège de Marciac ne seraient pas isolées. Selon la FCPE du Gers, citée le mardi 2 décembre par le quotidien l’Humanité, 23 interventions de ce type auraient déjà été menées dans ce département  depuis début 2008. Celles-ci n’ayant auparavant jamais provoqué de scandale, il n’est pas certain qu’elles aient été menées dans le même « style » qu’à Pavie ou Marciac. L’autre question désormais posée est de savoir si le Gers est un cas isolé ou si, finalement, tout le territoire français serait concerné. Le cabinet du ministre de l’éducation affirme « ne disposer d’aucune indication que cela existerait ailleurs ».

Sur les faits proprement dits, donc la manière, scandaleuse ou non, dont ont été menées les opérations, des perceptions différentes sont désormais en présence. Pas, du moins à ce jour, sur ce qui s’est passé à l’école des métiers de Pavie : la version des faits présentée par écrit (et lue sur le répondeur de « Là-bas si j’y suis ») par un professeur de cet établissement n’a pas été publiquement contestée. En revanche, le déroulement  de l’opération menée au collège de Marciac n’a pas été vu de la même façon par tous les protagonistes.

Interrogé par Libération, le principal du collège, Christian Pethieu, a déclaré que l’intervention s’était réalisée « dans un climat (qu’il a) jugé serein et sans excès ». « Mais, ajoute-t-il, c’est mon point de vue, c’est ma perception… Et bien évidemment je n’aurais pas manqué de stopper l’intervention si tel n’avait pas été le cas ».  Il affirme n’avoir «pas vu de fouille corporelle » mais qu’il est « possible qu’il y en ait eu »

De son côté, la Direction de la gendarmerie nationale, également interrogée par Libération, se refuse (comme c’était prévisible) à tout commentaire, rappelant seulement que ce type d’intervention est légal en tout lieu, y compris un établissement scolaire, au titre de l’article 41 du Code de la procédure pénale. «Le procureur de la République, selon cet article, procède ou fait procéder à tous les actes nécessaires à la recherche et à la poursuite des infractions à la loi pénale.»

Selon la Dépêche du Midi du 29 novembre,  l’inspecteur d’académie, Jean-René Louvet et le colonel Le Droff, commandant le groupement de gendarmerie du Gers ont décidé conjointement de « revoir » les modalités des futures opérations anti-drogue dans les établissements scolaires. Tout contrôle sera « systématiquement précédé d’une préparation avec les équipes éducatives et d’une rencontre pédagogique avec les élèves », a promis M. Louvet.

De la « bonne insécurité »

De son côté, Chantal Firmigier-Michel, la procureure de la République, ordonnatrice des deux opérations contestées avait déclaré, dans un entretien publié par La Dépêche du Midi du 27 novembre que « la détention, le trafic et l’usage de produits stupéfiants sont interdits en France ». « C’est le principe de base qu’il faut rappeler », avait-elle insisté, ajoutant que les établissements scolaires « ne sont pas des zones de non-droit ».

Pour « avoir discuté avec des responsables d’établissements », Mme Firmigier-Michel affirme en outre (pour s’en réjouir) « que les élèves ont peur de ces contrôles ». Selon elle, « ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante à terme en matière de prévention ». Interrogée sur les « dérapages » que laissent entrevoir les témoignages publiés, elle indique que « si dysfonctionnement il y a, c’est au Procureur de la République qu’il faut adresser les récriminations », mais qu’« à ce jour » elle n’a été « saisie de rien ».

Sur le fond de l’affaire, deux interprétations parfaitement contradictoires sont en lice : celle de la dérive sécuritaire, qui conduit des milliers d’internautes à crier à la terreur policière, voire à invoquer les heures les plus noires de l’histoire contemporaine (et je persiste à soutenir que cette attitude est insensée) ; et celle, à l’inverse, de l’information rassurante pour de nombreux (autres ?) parents : loin d’être banalisée dans les établissements scolaires, « la drogue » reste en butte à une interdiction et une répression réelles, se traduisant par des opérations destinées à briser ou prévenir tout début de trafic.

Ce qui est considéré comme une agression pure et simple par les uns sera plutôt vu comme une banale mesure de protection par les autres… à condition, bien sûr, que l’opération soit menée de manière irréprochable en termes de respect des procédures comme des individus. Ce qui ne semble décidément pas avoir été le cas.

Un rassemblement de protestation est prévu vendredi devant le collège de Marciac, à l’appel du père de Zoé et avec le soutien de la FCPE du Gers.

Luc Cédelle

Quelques réponses à la carte à certains internautes

« Vous devriez vous prononcer clairement contre cette intervention.
La méthode de ces militaires est inacceptable et d’ailleurs la déclaration du prof n’est pas contestée »
, m’a écrit,  en commentaire d’un « post » précédent, Denis Pommier.

Réponse : je ne suis pas certain que mon sentiment personnel soit si importante ou si mystérieux. Dois-je écrire que je suis hostile à l’arbitraire, allergique à l’humiliation et « contre » tout dérapage des forces de l’ordre ? Voilà, c’est fait. Dois-je aussi, puisque telle est la question posée en arrière-fond, donner mon opinion sur la loi du 31 décembre 1970 « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses » ? Je m’abstiens. Un blog tout entier ne suffirait pas à traiter pareille question.

« Je constate, m’a écrit pour sa part  Sannicolas, que vous prenez le temps d’écrire longuement pour vous justifier de ne pas avoir le temps de vérifier les informations ».

Réponse : vous avez raison, le temps me manque pour tout faire. Cela étant, j’ai quand même un peu plus « vérifié » que tous ceux qui « balancent » sur le Net tout texte accusateur en phase avec leurs options idéologiques en considérant que, de cette seule adéquation, procède la plus grande exactitude.

« Faudrait-il, me demande le même internaute, qu’il y ait par exemple un mort, ou d’avantage, pour que l’événement soit « assez gros » ? Ou encore que l’AFP, TF1, France Info et d’autres, relaient l’information pour que l’événement soit devenu « assez gros » ?

Réponse : vous avez encore raison ; à partir de 10 morts, et allez, même d’un seul, l’événement est en effet très gros. C’est sûrement moi tout seul qui ai inventé ce type de hiérarchie farfelue des événements.

Le même interlocuteur me reproche de « faire l’amalgame entre d’une part la répression envers les trafiquants et utilisateurs de drogue et d’autre part la façon dont s’est comportée la gendarmerie dans ce cas précis » et déplore à ce propos mon « incompétence journalistique ».

Réponse : c’est sûrement pour avoir tout de suite compris que la gendarmerie s’était comportée de manière irréprochable que je me suis intéressé dès le départ à ce « cas précis »… Autre réponse : il ne m’appartient pas de plaider publiquement en faveur de ma compétence…

Un autre internaute, répondant au doux nom de Dommage s’amuse de mes justifications : « Effectivement, c’est intéressant d’écrire un article pour expliquer qu’il serait trop compliqué de faire une enquête journalistique pour publier un article. Merci, c’est très instructif. »

Réponse : Bien entendu, vous avez, vous aussi, tellement raison sur ce thème ! La prochaine fois, hop ! Pas besoin de dormir, adieu Darcos, bye-bye Aschieri, ciao les RASED, la réforme du lycée, les SES et filons tout droit jusqu’au Gers… J’ai juste voulu donner à voir que, contrairement aux idées reçues sur les médias qui ne veulent rien entendre, nous sommes en position permanente d’arbitrage entre différentes priorités, et qu’une information sort toujours au détriment d’une autre.

Dernier lecteur / accusateur. Celui-ci, CumuloNimbus, me renvoie à un passage où j’évoque des textes  « à la limite aussi, malgré la sincérité des relais et des témoins, de la diffamation ». « Malheureusement, écrit-il, vous oubliez dans la suite de votre billet d’expliquer en quoi on est à la limite de la « diffamation », à moins de considérer que c’est la subjectivité même d’un propos qui le rend potentiellement diffamatoire… »

Réponse : vous venez de la donner vous-même ! Le caractère unilatéral d’un témoignage rend celui-ci d’un usage délicat, la prudence est de règle. Que diriez-vous d’un journaliste éducation qui mettrait directement en ligne tous les « propos subjectifs » qu’il reçoit sur les enseignants ?

Le même : « Vous trouvez outrancier le titre « On lâche les chiens policiers sur les élèves dans les classes » et pourtant, sauf erreur de ma part, lorsqu’on lit la presse locale (faits vérifiés donc) il semble bien qu’on ait « lâché les chiens policiers sur les élèves dans les classes ». Donc où est l’outrance ? »

Réponse : Le titre originel commençait par « Une histoire qui pourrait s’appeler : … ».  « Lâcher les chiens » évoque irrésistiblement l’idée de babines retroussées, de cruelles morsures, de mâchoires qui claquent sur la chair, de sang sur les crocs, de malheur et de terreur façon Gestapo… et vous voudriez que je marche dans ce type de manipulation ?

« Car, poursuit CumuloNimbus, quoiqu’on pense des problèmes de l’immigration clandestine, de la consommation de drogue chez les mineurs, du sabotage comme moyen d’action ou de la diffamation en milieu journalistique, ce qui choque avant toute autre considération, c’est, dans tous les cas, la disproportion des moyens et l’attitude irrespectueuse de certains membres des forces de l’ordre. Et cela, simplement cela, justifie les cris d’alarme citoyenne même maladroits… et cela, simplement cela mériterait un peu moins de condescendance… »

Réponse : aucune objection…

L.C.

Opération anti-drogue (2) au collège de Marciac (Gers): Xavier Darcos « s’étonne des conditions d’intervention des forces de gendarmerie »

Dans un communiqué diffusé dans la soirée du mardi 2 décembre 2008, Xavier Darcos, le ministre de l’Education, »s’étonne des conditions dans lesquelles des forces de gendarmerie ont pu pénétrer le 19 novembre dernier dans un établissement scolaire de Marciac (Gers) accompagnées de chiens dressés à la recherche de stupéfiants.

Il rappelle qu’il existe, dans la quasi-totalité des départements, comme dans le Gers depuis 2006, des conventions de partenariat entre les ministères de la Justice, de l’Intérieur et de l’Education nationale permettant de concilier l’efficacité de l’action judiciaire et le respect de l’intégrité des établissements scolaires où la pédagogie préventive est à l’œuvre quotidiennement.

Lorsque, à la demande de l’autorité judiciaire, la force publique est amenée à intervenir dans un établissement, le ministre demande que cette intervention respecte les termes de ces conventions. »

Opération anti-drogue à l’école des métiers du Gers : aux fous ?

« On lâche les chiens policiers sur les élèves dans les classes » : sous ce titre affolant, c’est un nouvel « événement » qui court, qui court sur le Net. C’est une petite histoire qui en dit long sur plusieurs sujets : à la fois sur un certain climat autoritaire, mais aussi sur le marché florissant de l’outrance idéologique et enfin sur la manière dont circule aujourd’hui un type d’information toujours à la limite de la rumeur. A la limite aussi, malgré la sincérité des relais et des témoins, de la diffamation. Cela fait beaucoup pour une seule histoire,  n’est-ce pas ?

Voici, en ce qui me concerne, donc très subjectivement, comment elle commence.

Le jeudi 20 novembre, jour de la (dernière) grève dans l’éducation, je reçois d’un confrère de la rédaction du Monde le témoignage d’un professeur de l’école des métiers du Gers, établissement de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du département, accueillant une centaine d’apprentis. Le témoignage est écrit et signé et la possibilité est donnée d’un contact avec son auteur. Trois points positifs en matière de crédibilité.

Le texte porte sur les conditions dans lesquelles la gendarmerie aurait effectué le lundi 17 novembre, une opération de contrôle anti-drogue dans ce centre de formation d’apprentis (CFA). Ce professeur précise en annexe que son « récit » est passé sur France Inter à quinze heures le mardi 18, et que « des centaines de milliers de gens ont pu l’entendre. ». Point plutôt négatif, cette fois, en matière de crédibilité : cette heure-là correspond à celle des messages d’auditeurs qui ouvrent la célèbre émission de Daniel Mermet « Là-bas si j’y suis ». Le prestige et l’audience de cette émission sont justifiés, mais (c’est une critique, pas un anathème) ces messages d’introduction – j’ai eu l’occasion de le constater sur un autre sujet – donnent aux auditeurs, sous couvert de libre expression, la possibilité de propager un peu n’importe quoi, pourvu que cela soit en phase avec la sensibilité « alter » de l’émission.

Mais d’emblée, la lecture du témoignage écrit, bien tourné, posé, scrupuleux dans l’expression, évitant tout excès (sauf dans le titre), n’émanant visiblement pas d’un « excité », me fait partager l’indignation de son rédacteur. L’envie me démange de relayer ce texte – en commençant par un « post » ici-même – puis je renonce. Avant d’expliquer pourquoi,  voici le témoignage in extenso.

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[Début du témoignage] :
Journal d’une histoire qui pourrait s’intituler : On lâche les chiens policiers sur les élèves dans les classes

Lundi 17 novembre 2008, 10h. 30,

Ecole des Métiers du Gers. Descente musclée de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail 4 gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.

Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.

Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs.

Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »

Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes. J’apprendrais par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente.

La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.

Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte. Certains ont même trouvé l’intervention normale, d’autres souhaitable.

Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure. 

Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement. C’est en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu’ils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis d’un drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes. 

Un professeur qui ne manque jamais de faire contre la drogue une prévention qu’il juge intelligente.

Mercredi 19 novembre 2008

Hier, mardi 18, j’avais envoyé le récit des événements à France Inter. Le message est passé à quinze heures et des centaines de milliers de gens ont pu l’entendre. Beaucoup me font savoir qu’ils sont scandalisés par ce qui est arrivé.

Je repense à l’attitude des forces de l’ordre et j’ai dans la tête peut-être une image d’Epinal, celle de mon grand-père gendarme à Moissac dans les années cinquante, gendarme à cheval au début de sa carrière. J’avais de l’admiration pour cet homme qui représentait pour moi le calme et la pondération. Il incarnait l’idée que l’on se fait, que l’on voudrait se faire de la gendarmerie : bienveillance, correction. Je crois que c’est encore le cas, je l’espère, mais je constate qu’aujourd’hui ce corps est nerveux, anxieux, qu’il y a des dérapages. Le moins que l’on pourrait espérer c’est que les représentants de l’ordre gardent le contrôle d’eux-mêmes.

Je pense faire parvenir le récit de ce qui s’est passé dans mon école au commandant de la gendarmerie et aussi au procureur de la république. Il me semble que l’opinion publique et les hauts responsables doivent savoir, se faire leur opinion et en tirer les conclusions. Beaucoup d’élèves m’ont demandé de parler en leur nom.

[Fin du témoignage]

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Alors, puisque ce témoignage semble de qualité, pourquoi ne pas avoir donné suite… tout de suite ? D’abord parce que tout ce qui est raconté ci-dessus de choquant, et que je ne récuse nullement a priori, ne peut être prouvé sans une véritable enquête de terrain. Il n’y a pas de « bavure » avérée, pas d’atteinte physique, pas de plaignants. Uniquement la description, certes plausible, d’un style et de comportements contestables dans le cadre d’une intervention de la force publique.

Les gendarmes « font irruption » : appréciation subjective. Un maître-chien « affublé de son animal » : expression efficace, mais littéraire. Le chien « court partout », « bave sur les jambes » d’un jeune « terrorisé », « des allusions d’une ironie douteuse fusent » : je n’y étais pas. « Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac » : le témoin fait lui-même usage d’un témoignage rapporté. « « Si vous bougez, il vous bouffe une artère » et « Salut les filles ! » : pour être certain que ces propos précis ont été tenus dans ces termes-là, il faudrait être sur place, recueillir et recouper soi-même les témoignages de élèves et des professeurs. Presque impossible dans les contraintes matérielles qui sont aujourd’hui celles de la presse quotidienne : l’événement n’est pas assez « gros » pour justifier un tel investissement.

Et cette certitude, de toute façon, ne vaudrait pas preuve. Et comment, d’un point de vue journalistique, mettre ainsi en cause les gendarmes sans même leur demander leur avis ? J’ai déjà effectué ce genre de démarche : vous en prenez pour 48 heures et 15 coups de fil, pour un résultat généralement prévisible.

Je mets donc l’affaire en réserve.

De mon point de vue d’informateur, une première « officialisation » se produit lorsque la FSU (première fédération syndicale d’enseignants) du Gers diffuse, le 22 novembre, sa « déclaration » faite la veille au CDEN (conseil départemental de l’éducation nationale) sur « ce qui est devenu une affaire nationale ». La FSU indique notamment que le directeur de l’établissement « déclare avoir préparé cette intervention avec le procureur ». Elle estime que les « a priori envers les jeunes », de même que « le mépris et le manque de respect sont indéniables ». « Où est la vertu d’une telle intervention ? demande-t-elle. Que produit-on au bout du compte si ce n’est de la haine et de la méfiance à l’égard d’un service public chargé théoriquement de protéger et d’accompagner voire, pourquoi pas, d’éduquer ? »

Il m’apparaît par la suite que la presse régionale avait, dès le départ, repéré cette affaire, qu’elle avait immédiatement travaillé à recouper les faits et qu’elle avait même relayé le texte du professeur, comme l’indiquent les liens suivants :

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/20/495235-Les-gendarmes-traquent-le-shit-dans-les-cartables.html

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/20/495638-Auch-La-descente-de-gendarmes-emeut-a-l-ecole-des-Metiers.html

Ces articles confirment que le directeur du CFA admet être à l’origine de cette opération. Ils indiquent qu’un jeune mineur a été trouvé « en possession de 32 grammes de shit » et sera convoqué devant le juge des enfants, tandis que deux autres mineurs et un jeune majeur ont été pincés avec 7 grammes à eux trois et « feront l’objet de mesures plus souples ».

Le directeur, pour se justifier, place l’opération sous le signe de la prévention anti-drogue et rappelle qu’il y a quelques années, il avait « dû aller chercher trois apprentis, morts, dans un accident de voiture ». « Depuis, indique-t-il, chaque année, lors de la semaine d’accueil, on leur parle des ravages de l’alcool, de la drogue. Et on leur dit qu’il pourra y avoir des contrôles en cours d’année ».

La procureure de la République du département, Chantal Firmigier-Michel, de son côté salue la « responsabilisation de ce chef d’établissement qui a conscience des dangers des produits stupéfiants ». Elle affirme qu’un établissement scolaire ne saurait être « une zone de non droit » et que « la justice doit lutter contre ce qui reste un fléau pour nos jeunes. »

Mais ce ne sont pas ces articles de presse qui circulent le plus sur le Net. C’est plutôt le texte du professeur, dont le titre a été « amélioré » par ses diffuseurs. Ce n’est plus : « Journal d’une histoire qui pourrait s’intituler : on lâche les chiens policiers sur les élèves dans les classes ». C’est devenu directement et sans plus aucune distanciation : « On lâche les chiens policiers sur les élèves dans les classes ». Le changement est faussement mineur car il induit une grande différence de sens. Dans un premier cas, le propos consiste à faire part d’un malaise et à marquer une limite. Dans le second, il s’agit plutôt de crier tous les matins au fascisme et, au nom de l’esprit critique, d’abdiquer tout esprit critique.

Exemple : « Il est temps de prendre le maquis » ; « Nous vivons sous une dictature », s’échauffent certains internautes sur un site alternatif.

Les organisateurs de cette opération contestée se réclament de l’application de la loi qui, comme chacun sait, est la même pour tous. En l’occurrence, il s’agit de la loi du 31 décembre 1970 « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses ». Laissons de côté les controverses nombreuses sur les fondements de cette loi et sur son applicabilité, et restons-en prudemment à ce qui a déclenché le malaise.

Cette opération-là, dans ces circonstances-là, s’est produite en province et dans un centre de formation d’apprentis. Deux petites questions méritent d’être posées qui, sans justifier les poses de  « résistants », suggèrent que la réaction du professeur était saine et nécessaire :

  • 1) Cette opération aurait-elle pu, avec les mêmes imparables justifications légales, se produire dans un grand lycée parisien du Quartier latin?
  • 2) Le résultat, en termes de saisies de substances interdites, aurait-il été moindre?

Luc Cédelle

PS. Pour oublier les chiens policiers, deux nouveaux articles au rayon détente :

« La psycho, la socio, c’est pour les gogos ! » ; « Construisons des collèges pour les bons » ; « Les sauvageons, en prison »… Une nouvelle manifestation parodique organisée le 15 novembre à Nantes par le SGEN-CFDT. Vers une manifestation parodique nationale ?

http://www.expressions-education.fr/?author=4

Cela existe depuis longtemps mais, à force de faire dans le sérieux, je n’étais même pas au courant. C’est un genre de « chanson du dimanche » mais sur les profs :
http://leszrofs.blogspot.com/

Brèves de grève (2)

Jack Lang trouve que Xavier Darcos doit « s’excuser » Jack Lang ne lâche plus Xavier Darcos d’une semelle. Le député socialiste du Pas-de-Calais et ancien ministre de l’éducation a réagi jeudi en fin d’après-midi, par un communiqué, aux déclarations faites le matin par le ministre en exercice. « Ces propos tenus sur RTL par M. Darcos sur les syndicats sont proprement scandaleux et indignes d’un Ministre de la République, a-t-il affirmé. Un membre du gouvernement n’a pas le droit de violer ainsi les principes constitutionnels qui garantissent la liberté syndicale et le droit de grève. Le premier fauteur de grève, c’est M. Darcos lui-même qui oblige les professeurs à recourir à cette ultime extrémité en raison de son mépris, de son cynisme et de la destruction systématique de l’école par le gouvernement. Ministre de l’éducation nationale sous François Mitterrand et Lionel Jospin pendant une durée totale de trois ans, je n’ai jamais connu de tels mouvements de grève. Le dialogue l’emportait sur le coup de force. La communauté éducative avait le sentiment d’être respectée, écoutée et accompagnée. M. Darcos a le devoir de s’excuser pour ces graves insultes à l’égard des professeurs. »

Gilles Moindrot (SNUipp) demande au ministre de prendre « la mesure du trouble »Attention à ne pas mélanger les moments : cette prise de position-là est bien en rapport avec la grève, mais date du dimanche 16 novembre, trois jours avant. Gilles Moindrot, le secrétaire général du SNUipp-FSU (syndicats disposant dans le primaire d’une majorité relative), dans une déclaration diffusée à la presse, constatait que le ministre « vient de réunir 600 lycéens mais se refuse toujours à engager des discussions sur l’avenir de l’école ». Le SNUipp propose donc « de réunir 600 enseignants et parents d’élèves d’école maternelle venus de toute la France avant de décider d’un trait de plume d’exclure de l’école les 170 000 écoliers de moins de moins trois ans actuellement scolarisés ». Il propose également de « réunir 600 enseignants spécialisés venus de toute la France pour débattre des modalités d’aides aux élèves en difficulté avant de supprimer 3000 postes d’enseignants spécialisés et le dispositif des Rased qu’il s’était engagé à préserver ». Le ministre, estime Gilles Moindrot, « doit prendre la mesure du trouble que provoque sa politique dans les écoles. Il n’est pas trop tard pour engager un véritable dialogue social nécessaire à la mise en place d’un climat de confiance à l’école. C’est l’intérêt des élèves. »

RASED « au petit point » : ce que Darcos avait dit au Monde Lorsque Gilles Moindrot souligne que Xavier Darcos « s’était engagé à préserver » les réseaux d’aide (rebaptisés aujourd’hui « réseau dead » sur les pancartes des manifestants), il se réfère à un article du Monde daté des dimanche 10 et lundi 11 novembre 2007 et plus précisément à cette phrase : M. Darcos a indiqué au Monde que les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) seront maintenus et « stabilisés », au terme d’un travail « au petit point », consistant à renforcer leurs liens avec les écoles. C’est dans ce même article qu’apparaissait pour la première fois l’annonce par M. Darcos de sa volonté de « diviser par trois l’échec scolaire lourd » d’ici à la fin de la mandature.

Philippe Meirieu : « Nous sommes tous des professeurs d’école » Une autre prise de position hostile ne gênera pas politiquement Xavier Darcos, mais peut-être la trouvera-t-il moralement douloureuse du fait qu’elle émane d’une personnalité avec laquelle il a toujours entretenu, au-delà des désaccords, des relations marquées par une estime réciproque. Sur son site (son « bloc-notes ») Philippe Meirieu durcit le ton à l’encontre de la politique suivie par le ministre. « Quiconque, aujourd’hui, prend la peine de regarder de près ce qui se passe dans nos écoles primaires peut le constater : le « ras le bol » est général, l’agacement a laissé la place à la colère, les revendications sur les moyens s’articulent sur le sentiment de vivre une véritable agression identitaire », écrit M. Meirieu dans une longue « tribune ». Selon lui « nous assistons aujourd’hui à une attaque en règle contre l’école primaire ».

http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

Sciences économiques et sociales : l’appel de Lyon Un « appel «  en faveur de l’enseignement des SES » sera officialisé lors des Journées de l’économie, à Lyon, le vendredi 21 novembre. Signé au départ par six associations d’enseignants et seize personnalités, cet appel réaffirme « le rôle irremplaçable des sciences sociales dans la formation que doivent acquérir tous les lycéens ». « Les sciences économiques, la sociologie, la science politique sont indispensables aujourd’hui pour se comporter en acteurs éclairés de la vie sociale, poursuit le texte. Ces disciplines ont produit des connaissances qui obéissent aux exigences de scientificité. L’accès à ce champ du savoir et à ses méthodes (la « troisième culture ») est aussi important pour les élèves que l’accès aux savoirs produits par les mathématiques, les sciences de la nature et les humanités ». Pour les signataires, « une place marginale attribuée aux SES en seconde » par la réforme du lycée « serait contradictoire avec la nécessité pour les élèves d’explorer des disciplines nouvelles afin de construire un parcours de formation cohérent correspondant à leurs aspirations. C’est pourquoi nous demandons au ministère de l’éducation nationale d’engager une négociation sur la place de l’enseignement de SES afin que tous les élèves suivent cet enseignement en classe de seconde. »

La liste des signataires n’est pas définitive. Ce texte est notamment soutenu par : Christian Baudelot, Stéphane Beaud, Alain Beitone, Philippe Cibois, Yve Deloye, Bernard Drevon, Roger Establet, Jean-Luc Gaffard, Jacques Guin, Bernard Lahire, Henri Lanta, Pascal Le Merrer, Philippe Meirieu, Thomas Piketty, Michel Rocard, Isabelle Waquet.

Manifestations : des chiffrages toujours aussi divergents Selon la police, 163 000 enseignants, étudiants et lycéens ont défilé jeudi 20 novembre en 131 cortèges dans tout le pays. Comme d’habitude, les chiffres « selon la police » et « selon les organisateurs » sont très contrastés. A Paris, la manifestation a réuni de 9 000 personnes (chiffres police) à 40 000 (estimation des syndicats). D’autres manifestations importantes ont eu lieu en province, notamment à Bordeaux (5 500 participants selon la police, 20 000 selon les syndicats), à Marseille (6 000 à 10 000), à Lyon (5000 à 10000, à Toulouse, Nantes, Grenoble…

La « vérité » sur le comptage des manifs, un document pour un moment de détente et de raffinement : http://tv.jubii.fr/video/iLyROoafYMzH.html

Tout le monde n’a pas cette chance, ni ne mérite pareille attention de la part de grands artistes satiriques : je viens aussi de découvrir (tardivement, je l’avoue) un chef d’œuvre de la chanson française (du dimanche) dédié au ministre de l’éducation.

http://www.dailymotion.com/video/x54zj1_mazerfacker-la-chanson-du-dimanche_music

Radicalisation : le Snalc pour un boycott des examens blancs Le syndicat d’enseignants Snalc-Csen (qui ne veut plus être étiqueté « classé à droite » et préfère « apolitique » a affirmé dans la soirée du 20 novembre qu’il allait proposer en intersyndicale « des actions alternatives comme le boycott des examens blancs ». Ce syndicat « demande à Xavier Darcos d’entendre la voix des milliers de professeurs responsables qui ont défilé dans la rue ce (jeudi) ».  Il « rappelle au ministre que dans le contexte actuel de dénaturation du lycée en lycée light, d’attaques contre les disciplines et de dégradation des conditions de travail des professeurs, faire grève et défiler n’est pas un plaisir ni un acte politique, mais un devoir ». « Sans la paupérisation de la profession, les manifestations, toutes  réussies, auraient été encore plus importantes », estime le Snalc, qui « conseille au ministre de sortir de l’autisme dans lequel il s’est enfermé ».

Brèves de grève

  Darcos :  « La France avance plus vite que les cortèges »C’est un Xavier Darcos batailleur qui a inauguré les petites et grandes phrases de cette journée d’action du 20 novembre 2008, en brocardant jeudi matin sur RTL les syndicats de l’éducation « dont la fonction principale est la résistance au changement ». Le ministre a affirmé que depuis 2000, « nous aurons eu 33 grèves, soit plus de quatre grèves par an ».  « J’ai envie de dire à ceux qui font la grève qu’il faut qu’ils fassent attention parce que le monde, la France avancent plus vite que les cortèges ». Selon lui, « il y a une résistance des appareils (syndicaux, NDR) qui n’est pas celle des professeurs. Les professeurs méritent mieux que d’avoir des syndicats dont la fonction principale est d’organiser la résistance au changement comme si le monde ne changeait pas autour de nous ».

Darcos : « Des astreintes de 10 000 euros par heure »

Au sujet des sanctions infligées aux communes ne mettant pas en oeuvre le SMA (service minimum d’accueil), le ministre de l’éducation a affirmé, toujours sur RTL jeudi matin, que « dans certaines villes du Sud, les tribunaux administratifs ont créé des astreintes de 10.000 euros par heure pour les villes qui ne le feront  pas ».

Querelle assurée sur les chiffres

Dans le premier degré, estiment les syndicats SE-UNSA, SGEN-CFDT  et SNUipp-FSU, la grève des enseignants « s’inscrit comme l’une des plus massives de ces dernières années », puisque, affirment ces syndicats « près de 70 % d’entre eux ont cessé le travail ». Selon le SNUipp-FSU, majoritaire parmi les enseignants du primaire,  69 % de ces derniers débrayé. Dans les collèges et lycées ils étaient « plus d’un sur deux » selon le Snes-FSU, majoritaire.

Selon le ministère les taux de participation à la grève à la mi-journée étaient de 48,62 % chez les enseignants du premier degré, de 24,41% chez les enseignants des collèges, de 19,42% chez les enseignants des lycées d’enseignement général et technologique, de 15,48% chez ceux des lycées professionnels et de 10,13% chez les personnels non enseignants.

Toujours selon le ministère, la moyenne pondérée des enseignants 1er degré est de 48,62%, et celle des enseignants du second degré de 21,26%. La moyenne pondérée de l’ensemble des enseignants est de 33,39%.

« Pour information » (mais non sans l’idée de relativiser la participation à ce mouvement), le ministère a rappelé ce 20 novembre 2008 quels étaient selon ses statistiques  les taux de participation à la grève du 20 novembre 2007 : enseignants du 1er degré :46.75 % ; enseignants des collèges : 42.75 % ; enseignants des lycées professionnels : 33.64% ; enseignants des lycées d’enseignement général et technologique .37.43 % ; personnels ATOSS (non enseignants) : 23.42 %. Le ministère assure que « pour éviter toute polémique inutile », il « publiera, à l’unité près, le nombre de retenues sur salaire correspondant au nombre de grévistes effectivement constatés ».

Le 15 mai 20008, entre 46% des professeurs des écoles (ministère) et 63% (SNUipp-FSU) avaient fait grève pour protester contre les suppressions de postes. Dans les collèges et lycées, entre 33,55% (ministère) et 55%  (Snes-FSU (majoritaire) des personnels étaient en grève.

Jack Lang « appelle le pays à se dresser contre ce gouvernement anti-école »

Un Jack Lang batailleur lui aussi, mais dans le camp adverse, a diffusé jeudi un communiqué saluant «  le courage et l’abnégation des professeurs qui sacrifient une journée de salaire pour sauver l’Ecole de la République ». Selon l’ancien ministre, « ils ne défendent, dans cette grève, aucun intérêt corporatiste. Ils se battent contre un plan de destruction systématique de l’école : appauvrissement des programmes, réduction du temps de l’école, aberration pédagogique de la semaine des 4 jours, sureffectif des élèves, remise en cause de l’école maternelle, suppression de la formation professionnelle des maîtres. »

« Je le dis en pesant mes mots, poursuit Jack Lang, jamais dans l’histoire de la République, un gouvernement n’avait organisé un massacre aussi systématique de notre école avec un tel mépris et un tel cynisme.Il faut donc féliciter les maîtres qui donnent l’exemple du désintéressement personnel et de l’amour de leur métier. Le pays tout entier se doit de les accompagner et de les soutenir et de se dresser contre ce gouvernement anti-école et anti-jeunes »

Le blog de Jack Lang : http://www.jacklang.org/

L’UNSA éducation réagit à la « raillerie » du ministre

«Le ministre ne manque pas d’air, juge l’UNSA éducation dans un communiqué.  Il utilise la raillerie, la disqualification des interlocuteurs et se proclame le défenseur du « changement » face au « conservatisme » des syndicats et des personnels. Le « changement » qu’il prétend incarner tourne autour de quelques termes : régression des moyens, recul des ambitions, déficit majeur de négociations.

Le ministre continue de s’enfermer dans ses certitudes. Il maintient sa volonté d’amplifier les suppressions de postes. Il continue à ne pas regarder et entendre ce qu’expriment les personnels et les organisations qui les représentent qui veulent « changer » le système éducatif en le renforçant et non en l’affaiblissant comme l’entreprend le ministre ».

Un « tournant » selon Luc Bérille (SE-UNSA)

« Le ministre de l’Education nationale avait jusqu’à présent argué de ses origines professionnelles pour justifier le bien-fondé de la politique éducative du gouvernement. Cet argumentaire a vécu », déclaré Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA (syndicat des enseignants) dans un communiqué.

« Lorsque 70 % des enseignants du premier degré et près de 50 % dans le second degré cessent le travail, c’est bien qu’une faille s’est clairement creusée entre le ministre et ses enseignants », poursuit-il. « En ce sens, la grève du 20 novembre constitue un tournant. (…) Si toute une profession conteste la politique du ministre, c’est tout simplement que son contenu et ses méthodes la heurtent et ne lui paraissent pas adaptées à la réalité et aux besoins de leurs élèves. » En conclusion, Luc Bérille affirme que « le dialogue social et la négociation sont désormais les seules réponses possibles. Pour le SE-UNSA, l’Ecole publique ne peut fonctionner dans un esprit d’opposition et de division. C’est le rôle d’un politique que de savoir analyser les situations et d’en tirer les conséquences. C’est le rôle d’un ministre de l’Education nationale que d’écouter ses personnels et de comprendre qu’il ne peut avoir toujours raison contre eux. »

Appel d’offres « veille de l’opinion » (2) : la colère de Darcos

Grosse colère publique du ministre de l’éducation. C’était une première du genre et c’était au Palais-Bourbon, le mardi 18 novembre 2008, dans l’après-midi. Ce jour-là, la séance est ouverte à 15 heures, sous la présidence de Bernard Accoyer (député UMP de la première circonscription de Haute-Savoie et président de l’Assemblée nationale depuis le 26 juin 2007). Après les souhaits de bienvenue à une délégation du Bundestag vient le moment des questions au gouvernement. La dixième question est posée par Gaëtan Gorce, député socialiste de la Nièvre, maire de La-Charité-sur-Loire et par ailleurs « ségoléniste » convaincu.

S’inquiétant de l’appel d’offres lancé par les ministres de l’éducation et de l’enseignement supérieur « pour recruter une société privée dont la mission sera de repérer les leaders d’opinion et de surveiller les sites de syndicats ou de partis politiques, les blogs et toutes les formes de diffusion sur le Net, y compris les pages personnelles », le député attaque d’abord sous l’angle financier, s’étonnant d’un tel projet « en cette période de disette budgétaire ». Mais, très vite, le député se concentre sur la question des libertés publiques. « En quoi, demande-t-il, une telle initiative relève-t-elle du ministère de l’éducation nationale qui, je le rappelle, est destiné à former des esprits libres et non à contrôler ceux qui exercent cette liberté ? » Applaudissements sur les bancs de la gauche. « C’est scandaleux ! », lance Christian Paul, député socialiste de la troisième circonscription de la Nièvre et ancien secrétaire d’Etat à l’outre-mer de 2000 à 2002.

Gaëtan Gorce développe son propos, prêtant au gouvernement la volonté « de contrôler toute forme d’expression » et lui demandant comment « garantir que, lorsque ces informations seront diffusées par des enseignants, ceux-ci ne feront l’objet d’aucune sanction ni d’aucune brimade administrative ». Puis, comme il est fréquent dans les questions au gouvernement, il termine par une envolée, caustique, sous les applaudissements de la gauche : « La République avait jusqu’à présent coutume de distinguer le ministère de l’éducation nationale et celui de l’intérieur. Approuvez-vous, monsieur le Premier ministre (il est d’usage, très formel, qu’une question au gouvernement s’adresse à son chef, même si c’est généralement le ministre concerné qui répond, NDR), une initiative qui reviendrait à faire des services de communication de l’éducation nationale une sorte d’annexe des anciens Renseignements généraux ? » 

Le président Accoyer passe alors « la parole à M. Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale », qui commence sa réponse – cinglante – en se déclarant « très content » de se voir poser « une question qui, dit-il, va me permettre de mettre un peu de clarté dans l’océan de contrevérités et d’absurdités qui déferle depuis quelque temps ». Applaudissements sur les bancs de la droite.

« Internet, poursuit le ministre, ne doit pas être un espace de désinformation dans lequel, en détournant de petites phrases, on arrive à faire dire aux ministres le contraire de ce qu’ils ont déclaré, sur la maternelle, par exemple, ou sur l’enseignement de l’histoire. Internet doit être au contraire un espace de démocratie. Que les gens puissent s’y exprimer, faire des propositions et dire ce qu’ils ont à dire, évidemment… (« Vous ne répondez pas à la question ! » s’exclame Jean-Louis Bianco, député socialiste de la première circonscription des Alpes-de-Haute-Provence) …mais ceux qui sont aux responsabilités, les hommes politiques, doivent savoir ce qui se dit. Je veux savoir ce qui se dit dans les journaux et à la télévision, je veux savoir comment s’expriment sur Internet des esprits libres, qui souhaitent d’ailleurs être lus puisque c’est précisément pour cela qu’ils s’expriment par ce moyen (applaudissements sur les bancs des groupes UMP et Nouveau centre). Je ne lirai plus votre blog, monsieur Gorce, ce qui n’est pas très grave… (« C’est dommage pour vous ! », s’exclame Julien Dray, député socialiste de la dixième circonscription de l’Essonne) …mais je continuerai à lire ce qui se dit sur Internet. Vous voulez m’empêcher de lire comme vous voulez m’empêcher de parler, comme vous voulez m’empêcher de réformer ! » Les députés de droite approuvent vivement, les députés de gauche protestent…

Les transcriptions de ces paroles en rendent difficilement l’aspect véhément, dont on peut prendre l’exacte mesure en visionnant les vidéos, puisque la Chaîne Parlementaire (LCP), grande pourvoyeuse du Net, était là. Restons fair play et précis : personnellement, c’est « le blog de Dom » ( http://dp.over-blog.com/ ) de  Dominique Pernoux, formateur en mathématiques (1er degré) à l’IUFM d’Alsace qui m’a alerté sur ces documents, mis en circulation dès le mardi 18 sur Dailymotion. Mais le même jour, et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, l’auteur de la question et metteur en colère de Darcos, le député Gaëtan Gorce, avait, sur son propre blog (http://gorce.typepad.fr/blog/ ) mis en ligne à la fois

la question mms://video.assemblee-nationale.fr/wmv/13/081118_19.wmv

et

la réponse mms://video.assemblee-nationale.fr/wmv/13/081118_20.wmv

Toujours sur son blog, et le jour-même, le député socialiste, répondant à la réponse du ministre, a ironisé sur le fait d’avoir « perdu un lecteur ». « Comment ne pas craindre, écrit-il, que les informations que vous recueillerez ne soient utilisées contre ceux qui les diffusent? Et que le même mouvement de colère qui vous a conduit à m’annoncer la rupture de nos relations « internautiques » vous conduise demain à reprocher à tel enseignant, tel citoyen (qui aura cru pouvoir benoîtement commenter votre politique) ses déclarations, ses propos, pour finir en justice ou se voir imputer un manquement à l’obligation de réserve? »  « Mon « interpellation », poursuit le député, n’avait d’ailleurs pas pour objet particulier de vous irriter, même si j’y suis manifestement parvenu. Elle visait d’abord, et surtout, à attirer l’attention de nos concitoyens sur ces petites encoches, en apparence bénignes, à leur liberté d’opinion et d ‘expression. »  Affaire, comme on dit, à suivre. Veillons au grain…

Luc Cédelle