Billet d’humeur

Cela m’est venu en surfant sur l’actualité du jour et je ne peux pas résister : un coup de patte aux imprécateurs qui, à la faveur de la récente crise universitaire, ont abondamment traité Le Monde d’organe de la communication gouvernementale. La vidéo de Brice Hortefeux, c’est Public Sénat qui l’avait tournée, mais c’est Le Monde qui l’a sortie. Bien sûr, le plus probable est que ces images se seraient trouvées sur le Net un jour ou l’autre, mais le média qui en prend l’initiative le premier – après avoir pris la mesure de leur contenu -ne peut être décemment accusé de complaisance envers le pouvoir. Ou alors, il faut avoir perdu tout contact avec la réalité.

Une autre attaque, répétée, vise la qualité d’ensemble des articles du Monde, tous sujets confondus. Elle est très fréquente dans une partie du public universitaire où l’on affectionne les phrases sur-jouées du genre : « Ce journal me tooombe des mains ». Un petit conseil : procurez-vous (ou lisez-le sur le site, mais c’est payant) le récent supplément de 8 pages, daté du 9 septembre, sur le thème « Où en est Al-Qaida ? ». La grande classe, de la belle info, du beau travail. Continuez à ne plus acheter les journaux pour mieux les critiquer, et ce genre de travail, extrêmement coûteux car appuyé sur des années de construction d’une compétence, n’existera plus.

Dernière remarque sur ce sujet, qui fera d’ailleurs le lien avec les responsabilités de Brice Hortefeux au ministère de l’Intérieur : un article, signé de Laetitia Van Eeckhout et Manuel Armand, est paru aujourd’hui sous le titre « Un couple de Chinois menacé d’expulsion est incité à laisser ses enfants en France ». Je ne peux pas raconter toute l’histoire, et l’article est en ligne sur le site. En voici juste un extrait.

Arrivés en France en 1999 pour Yu Hua Tang et en 2003 pour Ping Zhou, ils se sont mariés en 2005 et ont deux enfants, de 4 ans et 10 mois. Restaurateurs ayant pignon sur rue à Clermont-Ferrand, ils ne sont plus en situation régulière : en 2008, la demande de renouvellement de carte de séjour de Ping a été refusée. Toutes les demandes d’asile de son mari ont été rejetées. En février, la préfecture leur a signifié une mesure d’expulsion.

Conclusion : s’il en faut une, ce sera que je suis fier d’appartenir à la même rédaction que les auteurs des travaux cités ci-dessus.

L.C.

« Terrain de chez terrain » : une rentrée d’école loin des discours

C’est un croquis de la rentrée qui m’a été envoyé par un directeur d’école. Ce n’est pas dans ses habitudes, mais il préfère rester anonyme car, participant au mouvement dit des « désobéisseurs », il a un peu trop tiré sur la corde ces derniers temps. Je ne suis pas d’accord avec ses choix militants. En revanche, pour  ce qui est de l’accomplissement de son travail, je lui tire mon chapeau et le salue très bas. C’est une chose subtile et que peu de gens, à droite, sont assez lucides pour comprendre : les enseignants les plus remuants, contradicteurs, incontrôlables, exaspérants, etc. sont aussi parmi les plus impliqués dans leur métier, là où c’est l’implication qui fait la différence et permet de maintenir l’école debout. Dans le quartier où celui-ci travaille, et surtout accepte de rester, l’équipe est confrontée au pire du pire des problèmes sociaux. L’école reste une mosaïque profondément inégalitaire. Toutes les rentrées ne ressemblent pas à celle-ci. J’en ai suivi une autre, décrite dans un article du Monde paraissant aujourd’hui (daté du mardi 8 septembre), dans un endroit où, apparemment, tout se passe bien et où les « instits » ne sont pas harcelés par les mêmes problèmes.

L.C.

Tous les enfants de deux à trois ans, absolument tous n’iront pas à l’école cette année dans mon quartier. Pourtant 18% des enfants de 2 à 3ans sont accueillis à l’école en France.


Areski (tous les prénoms ici ont été changés), élève handicapé mental, n’a pas eu de place en UPI (unité pédagogique d’intégration, dispositif permettant le regroupement pédagogique, au sein des collèges ordinaires, de pré-adolescents et d’adolescents présentant un handicap); pour l’instant, il est revenu en CM2, encore un peu surpris de la situation. Si je n’avais pas proposé cette solution, il aurait été scolarisé dans une 6ème banale, alors qu’il ne sait pas encore déchiffrer. J’ai donc  évité de justesse le suicide d’un prof de français…


Nawelle ne viendra pas à l’école car sa maman a été expulsée de son logement. En errance, la maman ne sait plus où il faudrait l’inscrire et ne veut plus s’en séparer.Mélanie et Jérémie sont à la rue aussi, hébergés temporairement avec leur maman et leur frère ainé chez des amis, à 25 kilomètres de l’école. Ils sont fatigués car ils ont été expulsés le 17 juillet et ils ont passé l’été d’hébergement en hébergement.

Les mamans masquées de niqab n’ont plus le droit de rentrer dans les écoles. C’est dommage d’avoir attendu tant de temps pour une réponse de bon sens. C’est dommage de ne pas être capable de nous l’écrire. Pour l’instant, c’est une consigne orale et les directeurs doivent se débrouiller avec.

La mairie nous a affecté un autocar pour une sortie pédagogique le jour de l’Aïd (21 septembre). Comme trois quart de nos élèves sont musulmans, j’ai appelé pour que la date soit modifiée : réponse de la mairie : l’école est laïque, on ne va pas changer. Sauf que les maîtresses d’école ne veulent pas sortir sans leurs élèves….

Les 1500 euros de subvention à notre bibliothèque ont été supprimés il y a deux ans. Ils ne seront pas rétablis, car le ministère à d’autres priorités : c’est vrai, lire des livres dans les écoles, quelle idée surprenante…

Nous n’avons pas reçus les masques anti viraux, nous n’avons pas reçu les poubelles à couvercle, nous n’avons pas les consignes de nettoyage des poignées de porte et nos boîtiers à savons sont très souvent bouchés. Par contre nous avons bien reçu toutes les directives et toutes les consignes d’utilisation.

Ce matin, 248 enfants étaient très contents de revenir à l’école et cela, cela seulement nous soutient. Une quinzaine ne se sont pas présentés et je les recherche activement…  Demain, j’appellerai la Cimade pour savoir s’ils en ont dans les fichiers en rétention.

Dernière minute : j’ai eu peur pour rien, tous mes petits ressortissants d’un pays étranger que je ne nommerai pas sont revenus. Ils ont passé l’été dans leur bidonville sans même être expulsés.

Université « populaire » et seau de lisier ou la sympathique rentrée des radicaux de Rennes 2

Bonjour et bonne rentrée à tous.

A Rennes 2, nos amis les radicaux l’ont faite super-sympathique. Je n’avais pas prévu une reprise sur cette actualité-là et dans ces conditions-là. Et, rentrée oblige, le temps me manque pour raffiner. Voici donc, pour commencer, la dépêche AFP qui a motivé une « brève » dans Le Monde daté du 3 septembre.

Sans autre commentaire de ma part que celui-ci : le plus sali dans cette histoire n’est pas celui qui a reçu le seau sur la tête.

Dépêche AFP

Le président de Rennes 2 reçoit un seau de lisier sur la tête RENNES, 1 sept 2009 (AFP) – Le président de l’université de Rennes 2, Marc Gontard, a reçu mardi en début d’après-midi le contenu d’un seau de lisier sur la tête alors qu’il accueillait des étudiants en première année, a-t-on appris auprès de l’université. M. Gontard s’exprimait à une tribune lorsque trois personnes cagoulées quis’étaient regroupées sur un balcon surplombant la scène lui ont jeté le contenu d’un seau de lisier sur la tête, avant de prendre la fuite en jetant des tracts revendiquant la mise en place d’une « université populaire ». « C’est une déclaration de guerre contre Rennes 2 et contre l’université en général. Cette agression a été perpétrée par ce groupe que tout le monde connaît qui squatte l’université depuis deux ou trois années », a dit à l’AFP M. Gontard qui a fait part de son intention de porter plainte. Rennes 2 est traditionnellement l’un des bastions de la contestation étudiante en France. M. Gontard, 63 ans, spécialiste de la littérature du 20ème siècle, avait été confronté à un fort mouvement revendicatif lors du dernier mouvement étudiant. « Dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu une telle accumulation de mouvements avec des blocages aussi longs et une telle violence », avait-il dit.

frg/DS AFP 20h47 – 01 SEP 09

Communiqué du maire de Rennes

Pour compléter, voici un « communiqué de Daniel Delaveau, Maire de Rennes, Président de Rennes Métropole en réaction à l’agression de Marc Gontard »

« Lors de la séance d’accueil des étudiants, le Président de Rennes 2, Marc Gontard, a été agressé d’une manière inqualifiable. Il n’est pas possible de tolérer de tels actes de violence. Les premiers éléments d’information sur la rentrée universitaire sont positifs, aussi bien au niveau des inscriptions que de la qualité des formations proposées. Avec les enseignants, l’ensemble du personnel de l’Université, avec tous les Rennais et toutes les personnes attachées à la qualité du service public de l’enseignement supérieur, nous condamnons avec la plus grande fermeté ces comportements, faits de quelques éléments totalement irresponsables et qui n’ont rien à voir avec l’Université. J’apporte tout mon soutien au Président et à son équipe pour réussir cette année universitaire. »

Compléments d’information et intéressants documents annexes

Voici aussi un article de la presse locale apportant des informations plus détaillées que la dépêche AFP.

Voici aussi un article web datant du mouvement du printemps et constituant un intéressant document sur l’état d’esprit et le niveau de violence de certains opposants à Marc Gontard (ce qui ne veut pas dire que ses rédacteurs seraient liés en quoi que ce soit à l’agression, la violence, en milieu universitaire s’arrêtant fréquemment au niveau des mots) :

Voici enfin une vidéo , visiblement « calculée » d’avance, travaillée et sous-titrée, intitulée « saut de merde sur Gontard », dédoublée en une autre vidéo (la même, donc) intitulée « saut de merde sur le président de Rennes 2 », les deux versions ensuite mises en ligne sur You Tube par des gens convaincus de faire œuvre positive au service des « luttes »… C’est à vomir.

Bonne rentrée, disais-je.

Luc Cédelle

PS: Les cagoulés dont il est fait mention ne sont pas les cagoulés festifs que j’imaginais dans mon billet d’avant les vacances. On imagine parfois mal.

Ajout du 04/09 : ferme réaction du SNESUP

« Le  SNESUP  s’indigne  de  l’agression  conduite  contre  le Président de l’Université  Rennes  2  mardi  1er  septembre.  Lors  de  l’accueil des étudiants  de  1ère année, des individus cagoulés ont renversé un seau de lisier  sur la tête de Marc Gontard, s’attaquant de manière intolérable à sa personne, et au-delà à l’institution universitaire.

Le  SNESUP condamne avec la plus grande fermeté ces agissements et assure le Président Gontard de sa solidarité.

L’université  doit  rester  un  lieu  de formation et de recherche, où le débat démocratique doit pouvoir se développer.

Paris, le 3 septembre 2009  »

Boom sur les cagoules dès la rentrée

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1er mai 2009, place de la Bastille

Investisseurs en attente de la reprise, préparez-vous : grâce à la finesse d’esprit de certains de nos gouvernants, il faut s’attendre à un boom sur les cagoules à la prochaine rentrée. On voit d’avance le spectacle, et d’ailleurs il ne manquera pas d’être impressionnant : des cagoulés par milliers s’avançant en rangs serrés et menaçants, le rire masqué, au cœur des futures grandes manifestations. Tous cagoulés et désormais, pour cette seule raison, tous délinquants.

En temps ordinaire, je ne déborde pas de sympathie pour les cagoulés ou encapuchonnés de tous styles, surtout dans les manifestations. Mais le sarkozysme dynamique veut que la notion de « temps ordinaire » n’ait plus cours. C’est pourquoi le décret dit « anti-cagoules » est passé. Publié au Journal Officiel ce samedi 20 juin, il interdit aux participants à des manifestations publiques de dissimuler volontairement leur visage, notamment avec une cagoule.

Le décret punit d’une amende pouvant atteindre 1 500 euros « le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, de dissimuler volontairement son visage afin de ne pas être identifiée dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public ». En cas de récidive dans un délai d’un an, l’amende peut être portée à 3 000 euros.

Tristes portiques

Il est malgré tout rassurant d’apprendre que des exceptions sont prévues, pour les « manifestations conformes aux usages locaux ou lorsque la dissimulation du visage est justifiée par un motif légitime ». C’est important, pour l’hiver. Si, par un froid de canard, vous avez accidentellement une capuche d’anorak sur la tête et l’écharpe sur le nez à proximité d’un possible trouble à l’ordre public, vous n’êtes pas fichu. Ça reste plaidable…

Sinon, c’est typique des ces mesures qui, dans l’esprit des « tristes portiques » de Xavier Darcos (l’expression est du Snes), sont présentées comme un moyen de lutter contre la délinquance et qui, en fait, aboutissent à créer de la délinquance. Dans une manifestation à risques, les  vrais casseurs ont pour la plupart le visage caché, au moins au bon moment. Ceux-là ne changeront rien à leurs habitudes. Car « cagoules ou pas, (ils) viennent dans l’intention de casser et continueront de le faire »,  déclarait Yannick Danio, porte-parole du syndicat UNSA Police, cité le 17 avril dans un article d’Yves Bordenave publié par le site Internet du Monde.

Ceux qui se la jouent

Mais il y a aussi, notamment dans les manifestations lycéennes, tous ceux qui se la jouent « street fighter » alors qu’ils n’en sont pas vraiment. Ceux-là n’étaient pas délinquants, ils le seront désormais. Et leur seule apparence suffira à justifier n’importe quelle incursion policière dans les rangs des manifestants. Cela ne veut pas dire que les policiers feront, du jour au lendemain, n’importe quoi en interpellant n’importe qui, mais qu’ils en auront, plus qu’auparavant, la possibilité.

Sans oublier que d’autres façons de cacher son visage, comme le masque blanc, façon commedia dell’arte, ou le masque de carnaval sont aussi des éléments de la tradition contestataire. « Si on repère un individu avec un masque de carnaval, comment est-ce que les collègues iront le chercher dans le cortège sans risque de dommages collatéraux? », demandait Yannick Danio dans le même article, qui faisait également état de cette réaction du syndicat Alliance police nationale, classé à droite : « ce texte donnerait aux policiers la possibilité d’interpeller ce type d’individu ».

Enfin, aux vrais et aux faux casseurs, il faudra désormais ajouter des gens qui, jusque là, n’auraient jamais songé à dissimuler leur visage dans une manifestation et qui se feront un plaisir, sinon un devoir, de le faire. Par pur esprit de contradiction. Mauvais esprit ? Exagération ? Angélisme vis-à-vis de la délinquance violente ou des courants d’ultragauche ? Facile à dire, alors que, touche après touche, se multiplient les mesures sécuritaires parfaitement inopérantes sur la violence mais contribuant à un climat inquiétant.

Filmage systématique

A propos de manifestations et de climat inquiétant, je me suis, ici-même (voir mes trois billets sur « l’hypothèse violence », un , deux et trois , ainsi que l’un de mes « carnets de manif  » et le billet sur une petite manifestation rue de Grenelle) et au risque d’être considéré comme « pro CRS », inscrit en faux contre la dénonciation automatique de la « répression » lorsque le dispositif policier a visiblement pour priorité d’éviter tout dérapage.

Mais puisqu’il est désormais délictueux de cacher son visage, je tiens à rappeler que ces deux dernières années, dans presque toutes les manifestations, j’ai vu des policiers filmer systématiquement la foule. Du seul fait de participer à une manifestation, on peut donc figurer aujourd’hui dans les archives policières. Dans ces conditions, la possibilité de cacher son visage était une sorte de contrepartie élémentaire, qui vient de disparaître.

Luc Cédelle

Phrase du jour / 6 : « J’ai connu des conflits très durs… »

« J’ai été conseiller éducation de Michel Charasse et conseiller budgétaire de Jack Lang : j’ai connu des conflits très durs dans l’Education nationale à une époque où des moyens supplémentaires très importants étaient attribués chaque année au Ministère de l’Éducation nationale. Cela n’a pas empêché les grandes manifestations lycéennes de 1990 et 1992 qui ont d’ailleurs conduit Lionel Jospin à devoir quitter le gouvernement. Je ne crois pas du tout que la difficulté de réformer le lycée tient à la personnalité de Xavier Darcos. »

Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris, chargé de mission sur la réforme du lycée (mission qu’il considère comme terminée), longtemps vu comme un successeur possible de Xavier Darcos (hypothèse qu’il a désormais totalement écartée), dans une interview publiée le vendredi 19 juin  par l’AEF (Agence éducation formation).

Phrase du jour / 5 : « Il est tellement facile d’augmenter la violence »

« Il est tellement facile d’augmenter la violence : il suffit de confier les classes les plus difficiles aux nouveaux arrivants, avec un emploi du temps qui les expose aux périodes les plus dures – fin de journée ou juste avant le repas ; lendemains ou veilles de week-end. C’est, hélas, bien trop fréquent ».

Eric Debarbieux, professeur à Bordeaux 2, directeur de l’observatoire international de la violence à l’école, dans « Les dix commandements contre la violence à l’école » (page 118), Odile Jacob, 2008.

Admission Post-Bac : au secours !

« Admission PostBac » est le nom du dispositif et du site internet mis en place par l’éducation nationale pour « simplifier les démarches » de pré-inscription et d’inscription des lycéens de terminale dans l’enseignement supérieur, en regroupant sur un seul site l’ensemble des formations. A partir d’une seule adresse Internet, les futurs bacheliers peuvent à la fois s’informer sur les formations proposées, rechercher celles qui les intéressent, se renseigner sur les établissements et (le plus important) émettre leurs vœux de poursuites d’études et suivre leur dossier. Le principe retenu est celui de la « démarche unique », regroupant toutes les démarches précédemment dispersées. Pour la première fois cette année, le site centralise la quasi-totalité des formations, sélectives (comme les IUT ou les classes préparatoires) ou non sélectives, et cela sur l’ensemble du territoire. Par exemple, il remplace en Ile-de-France l’ancien système RAVEL ou le système Candisup en Bretagne.

Les pré-inscriptions ont commencé le 20 janvier. Les lycéens avaient jusqu’au 20 mars pour saisir l’ensemble de leurs vœux de formation. Ils pouvaient en émettre jusqu’à 36 mais, la moyenne serait d’un peu plus de quatre. Les candidats devaient ensuite attendre le 9 juin, date de la première phase d’admission, pour que leur soit faite une proposition.

Ils peuvent maintenant y répondre soit par un « oui définitif », soit par un « oui mais », un « non mais » ou une « démission générale », expliquait en janvier un article de ma consœur du Monde Martine Laronche. « Les deux dernières options, selon elle, sont à éviter si l’on ne veut pas se retrouver sans affectation. En revanche, ceux qui n’auraient pas leurs premiers choix peuvent répondre « oui mais », en espérant qu’à la deuxième phase d’admission (le 23 juin) ou à la troisième (14 juillet), ils puissent bénéficier d’une meilleure proposition. »

Selon Claude Jolly, sous-directeur à la direction générale de l’enseignement supérieur, qui était interrogé par Martine Laronche, ce dispositif « est conçu pour accorder à l’élève de façon équitable et transparente son vœu le plus élevé possible compte tenu de son dossier ». Fort bien. Sauf que je viens d’avoir au téléphone une lycéenne qui trouve que ce n’est ni transparent ni équitable. Plus du tiers des élèves de sa classe, m’explique-t-elle, ont reçu une proposition d’affectation sur leur dixième vœu, correspondant à l’université de Paris 12-Créteil, la plus proche de leur domicile, alors qu’ils postulaient pour différentes universités parisiennes.

A l’appui de son indignation, la jeune fille développe toute une série d’arguments sur lesquels je ne peux me prononcer, faute de connaître les critères qui conditionnent les réponses aux vœux des candidats. Par ailleurs, je connais d’expérience l’irréductible immensité, de nature anthropologique, des frustrations éprouvées par une partie de la population vis-à-vis de toute procédure d’inscription émanant de l’éducation nationale. Il faut néanmoins tirer l’affaire au clair.

Des raisons pratiques m’amènent à transmettre à des collègues ce dossier, mais auparavant, je tente de me renseigner sur Admission Post-Bac… et je bute sur la toute première page d’accueil de ce dispositif. En voici (en bleu) un extrait (les passages en gras sont d’origine) :

Une meilleure optimisation de l’affectation des places offertes

Ce dispositif coordonne les admissions dans les formations sélectives qui participent à la procédure afin d’accroître les chances d’admission dès fin juin du plus grand nombre de candidats. Il prépare également l’inscription des étudiants à l’université (Licence 1).
Concrètement, vous vous portez candidat aux formations qui vous intéressent et vous classez vos voeux par ordre de préférence et votre projet de poursuite d’études, l’ordre étant modifiable jusqu’au 6 juin 09. Une formation non sélective (L1), hors Ile de France ou capacité limitée, placée en premier voeu conduit automatiquement à une affectation sur ce voeu.

Les établissements classent les dossiers reçus en fonction de critères pédagogiques pour chacune des formations sélectives, sans connaître l’ordre de vos préférences.
La période d’admission comporte plusieurs phases. A chacune d’elles, vous ne pouvez obtenir qu’ une seule proposition d’admission , la meilleure possible en fonction de l’ordre de préférence indiqué et de votre rang de classement dans les différentes formations que vous avez sollicitées : ceci pour éviter que plusieurs places ne soient bloquées par un candidat aux dépens des autres.

Fin de l’extrait. Je jure n’avoir aucune mauvaise intention concernant Admission Post-Bac. J’imagine volontiers que sa mise en place résulte d’un travail considérable et méritant le respect. Mais…j’avoue ne pas comprendre pas grand-chose à ce qui me paraît du charabia administratif. Et il me semble aussi que, concernant un dispositif aussi « grand public » que celui-là, il eût été normal de mettre au point une explication claire. J’ignore si mon interlocutrice lycéenne a tort ou raison de protester sur ses propositions d’affectation, mais je proteste en tout cas contre le caractère indéchiffrable du message officiel.

Luc Cédelle

Réforme de la formation des maîtres : rupture consommée entre la CPU et Xavier Darcos

La rupture est consommée entre la conférence des présidents d’université (CPU) et Xavier Darcos au sujet de la réforme de la formation initiale des enseignants ( appelée « mastérisation » parce qu’elle hausse au niveau du master le niveau requis pour avoir le bénéfice d’un concours d’enseignement). Daniel Filâtre, président de l’université Toulouse II le Mirail, qui représentait la CPU dans la commission dite « Marois-Filâtre », qu’il coprésidait avec le recteur de l’académie de Bordeaux, William Marois,  vient de « suspendre sa participation » à cette instance (correction apportée mercredi 10 à 13 h30: ma première formulation était « démissionner de cette instance »; la distinction, vu les circonstances, est subtile mais renvoie à l’éventualité d’un changement de ministre).

Ambiance orageuse

Cette commission avait été mise en place fin  avril à l’initiative du gouvernement et devait remettre le 15 juillet des propositions relatives à la « mastérisation ». Une dernière tentative de conciliation dans la soirée du mardi 9 juin entre les représentants de la CPU et le ministre de l’éducation s’est déroulée dans une ambiance orageuse et s’est terminée par un constat de profond désaccord. La CPU, suivant en cela l’avis de la plupart des protagonistes de ce dossier, reproche au gouvernement son « passage en force ». Elle estime en particulier qu’il « anticipe sur les conclusions de la commission », en ayant déjà engagé la procédure consistant à soumettre les projets de décrets relatifs à la formation et au recrutement des enseignants aux différentes instances paritaires de l’enseignement supérieur et de la fonction publique.

Séance déjà reportée

Dans une déclaration adoptée le 28 mai, la CPU avait indiqué son intention de suspendre sa participation à la commission, « si l’assurance ne lui est pas formellement donnée que les dispositions permanentes sur la formation et le recrutement des enseignants figurant dans les projets de décrets actuellement soumis seront retirées ». La troisième séance de la commission nationale de concertation Marois-Filâtre, prévue le 3 juin, avait été reportée au 10 juin  « compte tenu des discussions en cours », avait alors expliqué le président de l’université Toulouse-II Le-Mirail.

« Elaborer des recommandations »

Les auditions prévues le3 juin sont reportées à la prochaine séance, précise-t-il. La commission doit rendre ses conclusions le 15 juillet prochain. La commission avait tenu sa première réunion le  13 mai et avait débuté ses consultations le 20 mai avec les acteurs du monde éducatif.  Sa mission était « d’élaborer des propositions et des recommandations » en tenant compte des résultats des groupes de travail ministères-organisations syndicales » sur la formation des maîtres.  Outre ses deux présidents, la commission compte (ou comptait…) 20 membres.

Violence : les « solutions innovantes » de Xavier Darcos

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Bruyant retour de Xavier Darcos sur la scène médiatique. Sa proposition de «police de l’école» – ce n’est pas lui qui l’a présentée en ces termes mais ainsi qu’elle a été reçue – a déclenché le tollé attendu à gauche… sans pour autant susciter l’enthousiasme à droite. C’était pourtant bien essayé. Chez les communicants on appelle cela une proposition «clivante», c’est-à-dire qui renforce les divisions idéologiques et permet de resserrer les rangs. Ce n’est pas la première fois que le ministre de l’éducation a recours aux propositions «clivantes», propres à asseoir sa popularité dans l’électorat UMP (voir à ce propos mon billet du 15 septembre 2008).Les propositions de ce genre, qui peuvent arriver n’importe quand, sont toutefois plus fréquentes en période électorale. Or, les élections européennes du 7 juin se profilent et Nicolas Sarkozy a décidé de «droitiser» la campagne. Les déclarations de Xavier Darcos s’inscrivent dans ce cadre.

Une « force mobile »

Rappel des faits : à l’ouverture, jeudi 21 mai 2009 à La Rochelle, du congrès de la fédération de parents d’élèves Peep (il y a deux fédérations de parents, la Peep – «parents d’élèves de l’enseignement public» – est celle qui est marquée à droite, la FCPE – «fédération des conseils de parents d’élèves» – est marquée à gauche), Xavier Darcos a proposé de créer «une force mobile d’agents» intervenant «sur des missions de prévention et de contrôle» de la violence et pouvant opérer des fouilles d’élèves. Il a suggéré de donner aussi ce pouvoir aux chefs d’établissements qui auraient «la compétence d’officiers de police judiciaire».

Pour ne pas recouper inutilement tout ce qui figure déjà ailleurs, je ne détaille pas le florilège de franche désapprobation teintée d’ironie qui, de Lutte Ouvrière jusqu’au Modem, a suivi. Parmi les syndicats d’enseignants, seul le Snalc a approuvé. Même au congrès de la Peep, la petite bombe lâchée par le ministre n’a pas été appréciée par tous. Si Anne Kerkhove, sa présidente, a déclaré qu’elle n’était «pas choquée» par cette proposition, elle a aussi reconnu que d’autres parents avaient mal jugé cette «utilisation» du congrès de la Peep et avaient trouvé «désagréable d’être associés à des annonces comme celle-là».

L’impavide porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, s’est porté au secours du ministre le vendredi 22 mai en déclarant dans un communiqué que le Parti socialiste (qui avait parlé de «GIGN scolaire») avait «tort de vouloir ridiculiser» ces propositions qui visent à «éviter l’importation de la violence dans les établissements». «Refuser par principe les solutions innovantes de Xavier Darcos, qui ont l’immense mérite de concilier la nécessité de respecter l’école comme un lieu à part, tout en donnant à la société les moyens de réagir à la violence, est tout simplement irresponsable», a-t-il ajouté.

Le « discernement nécessaire »

La proposition de «force mobile» des écoles fait suite à l’agression au couteau, le 15 mai au collège François-Mitterrand de Fenouillet (Haute-Garonne), d’une enseignante par un collégien de 13 ans. En visite le lendemain dans cet établissement, le ministre avait déjà usé des propositions «clivantes», en envisageant l’installation de portiques de détection de métaux devant certains établissements. Il s’agit, avait-il dit, «d’examiner toutes les solutions possibles : on peut imaginer dans certains établissements des portiques, des systèmes de fouille. Nous verrons. Les collectivités territoriales estimeront peut-être que dans certains établissements, c’est une réponse possible».

Les circonstances ont voulu que la proposition de M. Darcos soit concomitante avec l’affaire de Floirac (Gironde), où deux enfants de 6 et 10 ans ont été interpellés mardi 19 à la fin des classes à proximité de leur école par six agents de police pour une accusation (infirmée depuis) de vol de vélos. Cette affaire-là aurait pu passer pour une gaffe sans dimension politique si le directeur départemental de la sécurité publique, Albert Doutre, ne l’avait justifiée devant toute la presse locale et les caméras de télévision: «C’est un non-événement, avait-il assuré. Les services de police ont agi (…) avec le discernement nécessaire et sans excès d’aucune sorte».

Les politiques se sont quand même rapidement démarqués. Frédéric Lefebvre a jugé cette opération de police «inacceptable» et Xavier Darcos, interrogé par Europe 1, l’a désapprouvée en soulignant que «l’excès de zèle tue le zèle». Quant à la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, elle a d’abord réclamé une enquête interne sur le dossier puis s’est désolidarisée de l’opération, vendredi 22 mai, estimant qu’ «on ne traite pas des enfants, surtout très jeunes, comme des adultes». Datant du mardi 19, l’affaire de Floirac a donc largement devancé l’intervention de Xavier Darcos, jeudi 21 devant le congrès de la Peep. Mais avec un pic commun de réactions le vendredi 22, les deux événements se sont conjugués pour dessiner une ambiance sécuritaire caricaturale.

Un gouvernement « clivé »

Le ministre de l’éducation n’est pas critiqué que par les «gauchistes». Venant à la fois illustrer et aggraver l’incompréhension rencontrée par ses propositions, Michèle Alliot-Marie a ajouté sa voix au chœur. Xavier Darcos, au sujet des portiques de détection de métaux, n’avait pas parlé de généralisation. Cela n’a pas empêché la ministre de l’intérieur de déclarer, dans une interview au Journal du dimanche (JDD) qu’elle «ne croit pas à une généralisation des portiques dans toutes les écoles», même si «ça peut être un outil de dissuasion dans certains établissements». Elle a également estimé que les propositions du ministre sur la sécurité dans les établissements scolaires «devront être précisées».

Quant à une éventuelle «force mobile d’agents», Mme Alliot-Marie a pris ses distances: «On ne va pas installer des commissariats dans les écoles, ni morceler les forces de police pour créer une brigade spéciale pour chaque problème». Enfin, l’idée que des chefs d’établissements puissent être officiers de police judiciaire lui «paraît un peu compliquée» : les habilitations d’officier ou d’auxiliaires de police judiciaire de police judiciaire n’étant «pas des titres honorifiques mais des compétences juridiques attribuées par l’autorité judiciaire qui ne plaisante pas avec ses critères», a-t-elle remarqué. Finalement, on voit donc que ces propositions sont «clivantes» jusqu’au sein même du gouvernement, ce qui n’était certainement pas le but recherché.

« Ne croyez pas les vendeurs de recettes »

Mais… et la lutte contre la violence scolaire, dans tout cela ? C’est un des innombrables sujets où nous retrouvons l’université comme productrice de savoirs et des enseignants chercheurs comme experts. A l’exemple d’Eric Debarbieux, professeur à l’université de Bordeaux 2 et directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école. Son dernier livre, publié en septembre 2008 chez Odile Jacob s’intitule «Les dix commandements contre la violence à l’école». Adversaire aussi bien des «manipulations» politiques ou médiatiques liées à la violence que de toute «négation » de celle-ci, il milite pour une prise en compte raisonnée de la complexité du phénomène et de l’état des savoirs à ce sujet. Dans sa conclusion, il reprend une «adresse aux candidats à la fonction suprême» publiée par Le Monde de l’éducation pendant la campagne électorale :

«La violence en milieu scolaire, écrivait-il, est depuis une vingtaine d’années une préoccupation majeure pour vos concitoyens. Elle est un défi qui ne pourra pas se régler par une invocation naïve à la restauration de l’autorité ou par des recettes magiques de court terme. Ne croyez pas les vendeurs de recettes : rien ne pourra se résoudre hors de la longue durée. Si, bien sûr, il faut prendre en compte les victimes des drames soudains qui parfois accablent l’actualité, il n’en reste pas moins que la violence extrême est rare dans les écoles. C’est la conclusion de toutes les enquêtes sérieuses. Ne guidez pas votre politique sur cette violence extrême : ce serait vous condamner à courir derrière les illusions du fait divers».

Ce n’est pas la commande présidentielle actuelle : après l’agression de l’enseignante du collège de Fenouillet, puis l’attaque au fusil d’assaut contre des policiers à La Courneuve, Nicolas Sarkozy avait réuni le 20 mai le premier ministre, les ministres de l’intérieur, de la justice, de l’éducation et du budget, leur demandant de préparer «sans délai des propositions concrètes» pour améliorer la lutte contre les bandes et contre la violence à l’école.

Luc Cédelle

Sur cette « surenchère sécuritaire », voir une réaction sur un bon blog d’enseignants (ni fautes d’orthographe, ni dérapages paranoïaques) hébergé par Libération, et qui consacre aussi un récent billet à « La journée de la jupe ». Voir également le coup de gueule d’Ostiane Mathon sur son blog « bleu primaire ».

Ces trois mois sont un siècle

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Paris, 5 février 2009

Avec la distance, on se demande parfois si on a rêvé. Irradiés d’accusations multiples, qui tendent toutes à suggérer (ou affirmer) que les articles du Monde auraient dans l’ensemble témoigné d’une hostilité ouverte envers le mouvement universitaire, on (c’est un « on » qui parle pour moi) finit plus ou moins par intégrer une part de ces reproches tout en les récusant. Une sorte de « pas de fumée sans feu », mais intérieur.

D’autant qu’ayant fait le choix de répliquer, je (j’ai retrouvé mon « je ») suis de ce fait confronté à la réitération des accusations de départ, dont la vigueur ne se dément pas. Chaque jour, elles sont encore toutes neuves. Chaque jour la « grogne », la « fronde » et le « buzz » reviennent me tirer par les pieds : n’as-tu pas honte, misérable journaliste, d’avoir ainsi méprisé tes frères, pardon tes maîtres universitaires ?

Et puis, parcourant (pour y chercher un document précis relatif à la « mastérisation ») les centaines de pages web du site de Sauvons l’université (SLU) qui a recensé une grande partie des articles parus ça et là depuis le début du mouvement, je tombe sur des articles du Monde. Datant de trois mois, à peu près. Certains auxquels j’ai seulement participé, d’autres que j’ai signés seul.

Le miroir d’une double crise

Logiquement, je m’attends à trouver, dans ces quelques articles que je n’ai pas choisis, des mots qu’il n’aurait pas fallu écrire, des formulations que je n’emploierais pas aujourd’hui, des choses qui, avec la distance, apparaîtraient agressives… Et puis, en fait, rien. Des articles « normaux », ordinaires, banals, pouvant être lus sans les indisposer par des lecteurs de bords opposés. Rien qui puisse justifier l’explosion accusatrice que nous avons connue.

Je « ressasse » ? Bah, comme quiconque travaille à fond sur un sujet, comme le chercheur qui mijote sa thèse… C’est un outil comme un autre. J’en fais « une affaire personnelle » ? Non, car ce qui est intéressant ici est le rapport entre un milieu social et les médias à travers le miroir grossissant d’une double crise. « Manque de distance » ? Justement non, car en l’espèce c’est précisément la distance qui provoque le saisissement. Décidément, ces trois mois sont un siècle.

Et ces articles, par leur caractère ordinaire, aussi bien intrinsèquement qu’au regard de la production du journal, mettent en lumière l’ampleur du dérapage polémique qui, à partir de deux ou trois textes contestés, s’est produit. A moins de considérer que « les amphis bouillonnent » est une expression injurieuse, ou bien de juger qu’écrire « les profs » témoigne d’un manque de respect… Ou encore à moins d’estimer qu’une phrase comme « le Snesup-FSU est plus circonspect » revient à caricaturer un mouvement réduit à ses affects..

Mais jugez plutôt sur pièces…

Luc Cédelle

 

« Enseignants-chercheurs : la fronde s’étend », Le Monde, 9 février 2009
 Après une première mobilisation réussie la semaine dernière, les enseignants-chercheurs seront à nouveau dans la rue, mardi 10 février. Dans les universités, des plus remuantes aux moins revendicatives, mais aussi dans les Instituts d’études politiques ou les écoles d’ingénieurs, ils s’inquiètent de la réforme de leur statut, de la formation des enseignants du premier et second degré et des coupes budgétaires.
 A Rouen, les enseignants-chercheurs font fac en ville. En grève depuis le début de la semaine dernière, les enseignants-chercheurs de Rouen ne veulent surtout pas que leur mouvement reste confiné à des réunions d’amphis ou des débats en laboratoire. « Il faut absolument montrer que nous chercheurs, nous ne travaillons pas que pour nous », explique Pierre-Emmanuel Berche, physicien.
 Du coup, la maire de Rouen, Valérie Fourneyron, députée PS de la Seine-Maritime, a ouvert la salle du conseil municipal pour que Florent Hivert, Elise Lemercier, et Thierry de la Rue, respectivement spécialistes d’informatique, de sociologie et de mathématiques planchent devant la population. Les trois sujets retenus étaient : « La jonglerie peut-elle s’écrire comme une partition de musique ? » « Les discriminations : l’imbrication du sexisme et du racisme » ou « Quel est le début de ce nombre ? La loi de Benford du premier chiffre significatif. » L’opération a été baptisée « Fac en ville ». Et Mme Fourneyron, médecin, qui a enseigné à l’université, a elle-même participé à cette initiative.
 A Aix-en-Provence, l’Institut d’études politiques voit rouge. « Prof en saignant ». La banderole qui barre le fronton de l’Institut de sciences politiques (IEP) d’Aix-en-Provence donne le ton. Pour la première fois depuis sa création en 1956, l’IEP fait une grève totale des cours et des notes. André Cartapanis, professeur d’économie et de finances internationales n’a rien d’un gauchiste.
 Pourtant, cet ancien doyen de la faculté des sciences économiques de Marseille ne mâche pas ses mots : « Bien sûr qu’il faut réformer, mais pas en commençant par la présidence des universités et le statut des enseignants-chercheurs. Il fallait d’abord réfléchir à l’architecture des universités que l’on veut, aux formations longues et courtes, à la sélection à l’entrée, à l’augmentation des droits d’inscription, puis voir si cela nécessite de changer les statuts des enseignants-chercheurs. »
 Tout aussi réservé sur le projet de réforme, Christian Duval, directeur de l’IEP, estime que la charge des enseignants-chercheurs ne se résume pas à 128 heures d’enseignement par an : « On n’arrête pas de travailler et j’ai du mal à recruter des jeunes enseignants. Allez demander aux épouses et enfants des enseignants-chercheurs s’ils les voient beaucoup. »
 A Lyon, les profs de Lyon-III rejoignent ceux de Lyon-II. D’un site à l’autre, les facs lyonnaises réagissent avec des intensités variables. Aucune perturbation n’est apparente à Lyon-III, fac réputée conservatrice qui se tient généralement en retrait des mouvements de protestations. Plus loin, à Lyon-II, à la tradition plus remuante, quelques affiches témoignent sur le campus des quais du Rhône d’une mobilisation plus sensible. Sur le site de Bron, les amphis bouillonnent.
 Malgré ces différences de mobilisation, un enseignant relève que le 5 février les profs de Lyon-III ont bel et bien « défilé à côté de ceux de Lyon-II ». Un cas de figure à ce point inhabituel « qu’on peut penser qu’il se passe quelque chose », souligne-t-il avec ironie. Blocages administratifs, jurys suspendus, notes non transmises.
 Beaucoup d’enseignants ne font pas grève mais veulent expliquer, argumenter, à l’instar de Jean-Louis Gaulin. Vendredi 6 février, il a choisi de présenter le programme du second semestre d’initiation à la recherche en histoire médiévale. Il s’est ému « des perspectives très sombres » pour le CNRS, de la mastérisation des concours avec « trois formations en une » qui constituent pour lui « une déstabilisation complète du système ». Des réformes permanentes, précipitées, irréfléchies, l’Education nationale fait penser à un monastère régi sur un « mode médiéval » ironise le prof.
 À Rennes, facs, IUT et école d’ingénieurs tournent au ralenti. Gilles Le Ray, enseignant-chercheur en électronique à l’Institut universitaire technologique (IUT) de Rennes depuis onze ans, est en grève pour la première fois. Comme ses collègues, il ne voit pas comment la globalisation du budget de l’IUT dans celui de l’université ne se traduira pas par des baisses de moyens. Un peu plus bas, l’Institut national des sciences appliquées (INSA) qui forme des ingénieurs est lui aussi complètement fermé. 
 A l’autre bout de la ville, le campus de sciences sociales et humaines de l’université de Rennes-II marche, comme Rennes-I, au ralenti. Dans cette université à la culture revendicative plus ancrée, on parle beaucoup de la réforme de la formation des enseignants du premier et second degré. D’ailleurs, les maquettes de ces masters viennent d’être rejetées par les trois conseils de l’université.
 A Paris-III, on expérimente la « grève active ». Au centre Censier de Paris-III, vendredi 6, l’amphi B est plein pour la deuxième AG depuis le début du mouvement, mais il n’est pas « blindé », relève une étudiante. La notion de « grève active », c’est-à-dire en conservant des cours « alternatifs » et en participant aux manifestations, est contestée par les plus radicaux, qui reprochent aussi aux professeurs leur prudence. « Grève ou pas grève, il faudrait qu’ils se décident », lance un étudiant. Les discours les plus enflammés sont les plus applaudis, mais au bout de deux heures, l’AG vote pour la reconduction de la grève et écarte le recours aux « blocages ».
 Etienne Banzet (à Rouen), Luc Cédelle, Marc Dupuis, Gilles Kerdreux (à Rennes), Catherine Rollot et Richard Schitlly (à Lyon)

Universités : les syndicats attendent plus du gouvernement – Luc Cédelle, Le Monde, 26 février 2009
Le gel des suppressions de postes à l’université en 2010-2011, la réécriture du décret sur le statut des enseignants-chercheurs et l’annonce d’aménagements dans la réforme de la formation des maîtres, ont suscité des réactions intéressées mais prudentes de la part des principaux protagonistes du mouvement de protestation universitaire.
Ces annonces, faites mercredi 25 février par le premier ministre, sont « des premiers gestes de réponse à la mobilisation mais ils ne sont pas entièrement suffisants à ce stade », a déclaré, dans la soirée, Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF. Jeudi matin, le président de l’UNEF se montrait un peu plus positif dans le ton, relevant que « ces annonces vont dans le bon sens » et insistant sur l’idée d’un « désaveu » de Valérie Pécresse par François Fillon. « Ce sont, affirme-t-il, des reculs qui en appellent d’autres », notamment sur la formation des maîtres.
Le Snesup-FSU, premier syndicat dans l’enseignement supérieur, particulièrement en pointe dans la mobilisation, est plus circonspect. Son secrétaire général, Jean Fabbri, note « quelques inflexions » qui ne lui semblent pas, toutefois, « de nature à sortir de la crise » et, selon lui, « témoignent de l’embarras croissant du gouvernement face à la mobilisation ».
Le Snesup revendique notamment « le retour des emplois supprimés » et un « plan pluriannuel de recrutement ». Invité par la ministre de l’enseignement supérieur à une réunion de négociation vendredi 27 février, le Snesup devait faire savoir jeudi s’il décide de s’y rendre malgré ses réserves.
 « Des formules incantatoires »
Le collectif Sauvons l’université (SLU), autre poids lourd de mobilisation, a fait savoir jeudi qu’il « ne se rendra pas au rendez-vous proposé par Valérie Pécresse ». SLU reconnaît que le gouvernement, « après des mois de surdité et d’aveuglement », a modifié sa position. Mais il estime que les promesses officielles, notamment sur les modalités du travail des enseignants-chercheurs, « demeurent pour l’instant des formules incantatoires ».
« Cette timide ouverture engagée par le premier ministre doit renforcer la vigueur de la mobilisation universitaire », affirme SLU, exigeant « que soit abordé en bloc l’ensemble des revendications et que les négociations soient menées dans un cadre interministériel ». « Tant que ces conditions ne sont pas réunies, conclut le collectif, toute négociation n’est que simulacre. »
Seule la conférence des présidents d’université, qui avait beaucoup haussé le ton ces dernières semaines contre le gouvernement mais n’est pas partie prenante du mouvement de protestation, n’a pas ménagé l’expression de sa satisfaction mercredi au vu des « avancées » sur l’emploi, de « l’engagement du premier ministre dans la résolution de la crise » et des « ouvertures réelles » en ce qui concerne la formation des maîtres.
Les organisateurs du mouvement, qui maintiennent leurs mots d’ordre de manifestation pour ce jeudi 26 et pour la prochaine journée du 5 mars, se réservent quant à eux de savoir jusqu’où la mobilisation que veut désamorcer le gouvernement peut encore les porter.
Luc Cédelle 

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 Ce drapeau a fait toutes les manifs parisiennes… et continue.
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