Enseignants: coup de froid sur les mutations (2 et fin) Le désarroi des recalés

Brochure du syndicat CGT Educ'action

Deuxième partie de mon enquête sur les mutations des enseignants.

Un barème en or

« Le ministère de l’éducation nationale vous informe qu’il n’a pas été possible, dans le cadre du mouvement interdépartemental 2011, de réserver une suite favorable à votre demande de changement de département ». Plus de quatre mois ont passé depuis qu’elle a reçu ce SMS, le lundi 21 mars à 9h30, et Isabelle se demande encore, en ce début août, quelle tournure va prendre sa vie avec son mari et ses enfants.

Ayant exploré différentes voies de recours, elle attend toujours les réponses définitives qui devaient arriver courant juin. En revanche, elle a eu largement le temps de caler son pessimisme sur celui des syndicats qui suivent son dossier. « La Seine-St-Denis, dit-elle, est déficitaire en enseignants. Du coup, elle ne les laisse pas quitter le département. Aujourd’hui, avec les réductions de postes, c’est encore pire. »

Titularisée en 2005, Isabelle enseigne ­­­­à Pierrefitte-sur-Seine (93), dans une école labellisée « réseau ambition réussite » et « zone violence ». Un endroit « aussi dur que prévu », auquel elle s’est pourtant « attachée » et où elle travaille « avec plaisir ». Son mari s’étant établi professionnellement dans le Nord, c’est pour ce département qu’elle a fait en novembre 2010 sa demande de mutation.

Elle s’appuyait sur un barème personnel en or, cumulant les bonifications « zone violence », « rapprochement de conjoint » et celles liées à ses enfants : 328 points, alors qu’un barème ordinaire tourne en fin de carrière autour de 300 points. « Les syndicats m’ont dit qu’il y a deux ans, ça passait sans problème, aujourd’hui, ça ne suffit plus. »

Même si le Nord n’est pas du tout dans les départements les plus demandés. Même si elle était au deuxième rang sur 21 demandes. Même si des collègues ont quitté la Seine St-Denis avec un barème plus faible et si d’autres, venant d’autres départements, ont intégré le Nord avec moins de 100 points…

« J’accepte les règles, commente Isabelle, mais pas le manque de visibilité ! »

Vie de famille compliquée

 Isabelle a découvert le surprenant usage de termes du latin ecclésiastique dans les procédures de mutation des fonctionnaires : exeat signifie « qu’il sorte » (du diocèse, lorsqu’il s’agit d’un prêtre) et ineat « qu’il entre ».

Elle a donc déposé ce que l’administration appelle une demande d’exeat/ineat, sollicitant une autorisation de sortie d’un département et d’entrée dans un autre. Une formule permettant, hors informatique, de « rattraper » quelques dossiers de mutation.

Pour l’entrée, il faudrait que quelqu’un, se décidant à quitter le Nord, lui laisse une place… Pour la sortie, il faudrait que son administration de Seine St-Denis accepte de « lâcher » une enseignante dont elle a besoin.

Fin juillet, Isabelle avait obtenu l’ineat mais pas l’exeat. Elle a donc effectué un recours auprès de l’inspecteur d’académie d’autant plus que celui-ci, assure-t-elle « avait promis d’examiner de nouveau les demandes d’exeat des collègues ayant obtenu leur ineat »… La réponse devrait arriver fin août ou au plus tard début septembre.

Anticipant un possible refus de sa mutation, Isabelle avait demandé à passer à mi-temps à partir de la rentrée 2011. Cette demande-là est acceptée, mais dans le cadre de son poste à Pierrefitte. Si rien ne change d’ici-là, Isabelle, écartelée entre la région parisienne et le Nord, se prépare à une vie de famille compliquée, usante et coûteuse.

Des cas inédits de refus avec handicap

 La situation de Marie, 38 ans et dix ans d’enseignement, est plus déroutante. Elle est en poste depuis 4 ans dans une école de Gentilly (Val-de-Marne) classée Réseau ambition réussite. « C’était déjà un endroit très difficile quand je suis entrée, et les conditions se sont dégradées ces dernières années ». Frappée par une maladie grave, elle est en congé de longue durée. Sur le conseil d’un médecin, elle a obtenu d’être reconnue « travailleur handicapé » par l’Education nationale.

Une démarche à laquelle elle a eu du mal à se résoudre. « J’aime mon métier, arrêter a été une souffrance terrible. » Son invalidité n’étant ni totale ni définitive, sa perspective est de retravailler. En attendant, elle a demandé une mutation dans le Calvados qui, avec les 500 points attribués au titre de son handicap, semblait acquise.

Personne n’ayant essuyé un refus avec un tel barème, elle s’est déjà, avec l’encouragement des médecins, installée dans ce département où son jeune fils est scolarisé. Le refus, notifié fin mars, l’a totalement prise de court.

Marie fait partie des 32 cas, recensés pour la première fois cette année, de refus de mutations demandées au titre du handicap. Depuis, leur nombre se réduirait peu à peu selon le ministère, qui a promis aux syndicats de régler cette question sensible.

Elle aussi engagée dans une démarche de recours, Marie attendait en mai une réponse pour le 7 juin [note de l’auteur : je n’ai pas pu la joindre pour actualiser à nouveau cet article]. Une absence de solution mènerait à l’absurdité : si l’amélioration de son état de santé lui permettait de retravailler, ce serait en l’état du dossier en réintégrant son poste actuel, toujours en région parisienne alors qu’elle n’y vit plus.

 « Comment comprendre ça ? »

Les deux exemples précédents concernent l’école primaire mais l’actuel coup de frein sur les mutations – une des conséquences des 50 000 suppressions de postes d’enseignants réalisées de 2007 à  2010 et des 16 000 autres prévues à la rentrée 2011- touche aussi le secondaire.

Les règles y sont différentes et le paysage morcelé en fonction des corps (certifiés, agrégés, professeurs de lycée professionnel…) et des disciplines scolaires. Vincent Morette, militant du SE-UNSA (syndicat des enseignants) siégeant dans les commissions paritaires qui examinent les demandes de mutation, se refuse à dire que la rentrée 2011 serait globalement pire que les précédentes.

« Pour les grosses disciplines comme anglais, maths, français… les académies sont plutôt ouvertes, dit-il. Mais il y a désormais des disciplines et des académies où les mutations sont complètement bouchées, du fait d’une dégradation continue ces dernières années. » Il est particulièrement choqué quand des mutations sont refusées à des titulaires vers des académies où sont parallèlement embauchés des contractuels.

Il cite l’exemple de la technologie dans l’académie de Nancy-Metz. « Impossible d’y entrer depuis environ 5 ans, même avec un rapprochement de conjoints. Comment voulez-vous que les collègues comprennent ça ? » 

Luc Cédelle

Enseignants : coup de froid sur les mutations (1) Un système casse-tête

Brochure du syndicat CGT Educ'action

Avertissement. Il n’est pas facile, lorsqu’on s’adresse à un large public, d’aborder un sujet aussi technique et interne à l’univers enseignant que le système des mutations, dont même le nom générique – le « mouvement » – est déjà un premier obstacle à la communication.

Le dédoublement de ce « mouvement » en deux systèmes différents, selon qu’il s’agit de l’enseignement primaire ou secondaire, est également, de ce point de vue, une entrave.

Il faut compter aussi avec son découpage en deux phases successives aux appellations ingrates (mouvement inter-académique ou interdépartemental pour la première, intra-académique ou intra-départemental pour la seconde). Sans oublier que les règles appliquées lors de ces deux phases sont différentes.

Certains syndicats ayant attiré l’attention, ces dernières années, sur un ralentissement (voire un blocage) des mutations, lié notamment aux effets des suppressions de postes, j’ai donc été chargé d’enquêter sur ce sujet.

Il en résulte deux articles. Le premier s’efforce de décrire la situation d’ensemble, l’autre livre des témoignages personnels. Terminés une première fois à la mi-mars, puis réactualisés et terminés à nouveau fin mai, ces articles n’ont pas été publiés. 

Le fait de différer la publication d’un article, sous l’effet de contraintes techniques et dans l’attente du meilleur « créneau » éditorial, est toujours contrariant pour l’auteur mais très banal dans la vie d’une rédaction. Moins fréquemment, il peut arriver que des reports successifs aboutissent de fait à une non-publication.

C’est ce qui s’est produit pour ces deux articles. Ne pouvant me résoudre à  ce que ce travail soit perdu,  j’essaye de compenser cette déception en les auto-publiant ici, malgré le décalage dans le temps et la différence de nature entre un article du journal et un billet de blog.

J’en profite pour livrer ces deux articles à la sagacité critique des lecteurs de ce blog. N’hésitez pas, si vous y décelez des erreurs ou des insuffisances à me les signaler. Je ne m’attends pas à un flot de commentaires en ce début août, mais je me livrerai à un petit rappel à la rentrée.

Au fait, bonne vacances !

L.C.

Changer de poste devient plus difficile pour les enseignants

Un nouveau souci vient peser sur les enseignants : leurs  demandes de mutation sont toujours aussi nombreuses, mais la proportion de celles qui sont satisfaites est en baisse sensible ces dernières années. Dans l’enseignement primaire, le phénomène va s’accentuer à la rentrée 2011. Dans le secondaire, la situation était relativement stable jusqu’à l’année scolaire en cours selon les statistiques du ministère, mais les chiffres ne sont pas encore disponibles pour la prochaine rentrée.

Le vivier se restreint

L’idée s’installe parmi les enseignants, qu’il leur sera plus difficile de « réussir leur mobilité », pour employer le vocabulaire officiel. Dans une profession où l’on tient par le mental, le sujet accentue le ressentiment lié aux suppressions de postes – environ 66 000 depuis 2007 si l’on compte les 16 000 programmées pour la rentrée 2011.

Certes, de nombreux autres paramètres – selon les disciplines scolaires, les corps, les niveaux d’enseignement et les zones géographiques – influent sur les mutations au sein de l’Education nationale. Certaines académies, notamment celles du sud de la France, sont visées par des demandeurs qui, massivement, souhaitent quitter d’autres académies comme celle de Créteil, Versailles ou Lille.

Il n’empêche qu’à réglementation inchangée, un facteur l’emporte mécaniquement sur les autres : l’accumulation des suppressions de postes restreint peu à peu le vivier des mutations possibles. Au même moment, ce vivier est grignoté, suite à la réforme de la formation des enseignants, par l’affectation prioritaire d’enseignants stagiaires sur certains postes moins exposés.

Toutes les demandes de mutation, qu’elles soient interdépartementales (pour le l’enseignement primaire) ou inter-académiques (pour le second degré) sont classées en fonction d’un barème individuel où le nombre de points est fonction de l’échelon, de l’ancienneté, de la situation familiale, de l’état de santé… Mais un « bon barème » ne suffit pas : il faut aussi qu’un poste soit libéré à l’endroit demandé.

Le changement d’académie ou de département n’est que la première phase du régime des mutations – appelé « mouvement » dans l’éducation nationale. La demande est formulée en novembre et la réponse connue en mars. La deuxième phase du « mouvement » est celle de l’affectation à un poste précis. Elle est dite intra-départementale dans l’enseignement primaire, et intra-académique dans l’enseignement secondaire.

Pour cette deuxième phase, les résultats s’échelonnent entre la fin mai et le début juin pour le primaire, entre la fin juin et le début juillet pour le secondaire. A ce stade, le barème national ne compte plus : chaque rectorat ou chaque inspection académique ayant ses propres règles, les affectations se font selon un barème académique…

Un « tour de vis » dans le primaire

Le primaire a été moins touché ces dernières années que le secondaire par les suppressions de postes. Sur l’année scolaire 2010-2011 qui s’achève, il connaît même une situation éphémère de « surnombre » d’environ 5 000 postes, liée un effet technique de la réforme de la formation des enseignants. Mais le tour de vis est déjà engagé. « Dans les départements, les inspecteurs d’académie, assure Sébastien Sihre, secrétaire général du Snuipp-FSU, ne veulent plus prendre aucun risque sur leurs prévisions ».

En conséquence, « jamais, il n’a été si difficile de changer de département », estime le syndicat, qui a publié, fin mars, des chiffres  confirmés ensuite par le ministère. Sur les 17 104 enseignants des écoles ayant demandé, pour la rentrée 2011, leur mutation dans un autre département, 29,2 %, soit 4 993 personnes, obtiennent satisfaction contre 37,08 % en 2010, 35,74 % en 2009 et surtout 45,76 % en 2004.

Le syndicat précise que pour les mutations au titre du rapprochement de conjoints, « à peine un enseignant concerné sur deux a obtenu satisfaction » soit 53,20 % en 2011 contre 65,30 % en 2010. Enfin et pour la première fois, « 32 demandes au titre du handicap, pourtant priorité du ministère, restent non satisfaites ». Les enseignants qui n’ont pas obtenu satisfaction peuvent toutefois participer à une phase d’ajustement, hors informatique, au cours de laquelle certains dossiers sont repêchés.

La phase intra-départementale, au cours de laquelle ceux qui ont obtenu leur mutation vont être nommés sur un poste précis dans une école, est en cours en ce moment, chaque demande étant examinée par des commissions paritaires composées de représentants de l’administration et des syndicats.

Pas de chiffres pour le secondaire

Pour le second degré, aucun chiffre concernant la rentrée 2011 n’a été rendu public par le ministère, « malgré nos demandes réitérées », déplorent les syndicats. Sollicité par Le Monde, le ministère répond qu’il est « beaucoup trop tôt » pour cela et qu’il convient d’attendre la fin, début juillet, de la phase intra-académique. Seules les statistiques de l’année précédente sont disponibles.

Josette Théophile, directrice générale des ressources humaines, indique que  27 500 demandes de mutation inter-académiques ont été formulées en 2010-2011, dont 41,9% on été satisfaites, contre 43,2% en 2009-2010 et 41,3% en 2008-2009. Devant cette « quasi stabilité » sur plusieurs années, elle récuse toute prévision catastrophiste.

Mais Pierre Claustre, responsable du Snes-FSU pour l’académie de Créteil, estime que les mutations sont devenues « un sujet majeur d’inquiétude ». Selon lui « 46% des demandes émanant d’enseignants déjà en poste dans l’académie obtenaient satisfaction en 2009 et seulement 40% l’an dernier ».

A ces critiques, Josette Théophile répond que les mutations dépendent « des postes disponibles et à pourvoir en fonction de la capacité d’accueil des académies concernées ». « On ne peut pas satisfaire tout le monde ! D’autant que ce sont toujours les mêmes académies qui sont demandées. On ne peut pas rajouter un enseignant quelque part parce que quelqu’un veut venir. Ce n’est pas réaliste, quelle organisation fonctionnerait ainsi ?»

Les syndicats rétorquent que, justement, le ministère refuse d’indiquer avant le début de la procédure les capacités d’accueil des académies ou des départements. Ils ajoutent qu’à certains endroits où des mutations sont refusées, l’administration embauche des contractuels. L’incompréhension règne.

Luc Cédelle

A suivre

A Doha, l’idéologie mondiale de l’éducation (5 et fin)

Je termine ici cette série de billets (commencée là) consacrés au World Innovation Summit for Education (WISE) de Doha, au Qatar. Une manifestation singulière, déroutante mais aussi marquante et qui, depuis sa première édition en 2009, s’impose peu à peu dans l’actualité de l’éducation.

Le prochain WISE est prévu du 1er au 3 novembre 2011. Pour cette troisième édition en préparation, il faut s’attendre à ce que le considérable dispositif de communication commandité par la Qatar Foundation, organisatrice du sommet, passe la vitesse supérieure dès la rentrée de septembre.

Ce dernier billet est une voiture-balai, rassemblant certains points, disparates, que je n’avais pu aborder précédemment. L’ensemble de cette série peut être considérée aussi bien comme un traitement tardif – mais avec l’avantage du recul – du WISE 2010, que comme un éclairage anticipateur du WISE 2011.

Présence ou absence française

Certains ont déploré le faible nombre d’intervenants français dans les débats. A défaut de la France proprement dite, la francophonie est quand même présente à travers l’Agence universitaire de la francophonie, un des cinq partenaires officiels du WISE (avec l’Unesco, l’association internationale des présidents d’université, la Rand corporation, et l’Institute of international education).

L’ambassadeur de France, Gilles Bonnaud, qui a reçu en décembre 2010 les quelques dizaines de participants français, pense que ce sommet va prendre de l’importance.

Les quelques « officiels » présents, parmi lesquels Jean-Baptiste de Froment, le conseiller éducation de Nicolas Sarkozy, seront sans doute plus nombreux en novembre 2011 et l’implication française plus consistante.

Un « Davos de l’éducation » ?

Une autre forme d’implication française, en coulisses, joue quand même un rôle déterminant. De même que Richard Attias organise le forum de Bahrein, le WISE est conçu et organisé par des communicants français. Le groupe Lagardère est derrière la conception du sommet, tandis que l’agence Auditoire est chargée de son organisation.

Certains de ces communicants, en « off », évoquent une possible transformation progressive du WISE – jusqu’à présent un pur investissement à perte de la Qatar Foundation – en une manifestation rentable où, à l’instar du Forum économique de Davos, l’inscription serait payante.

Même en imaginant une échelle de tarifs très différenciés (par exemple très cher pour un grand dirigeant mais gratuit pour un militant associatif), il paraît difficile de faire évoluer le sommet dans cette direction sans le priver de perspectives.

C’est très clairement l’exceptionnel pouvoir financier – donc d’invitation et d’hospitalité – des dirigeants du Qatar qui « fait » le WISE.

L’éducation a certes toujours un coût, mais elle est le domaine par excellence du du désintéressement. Un forum à la Davos risquerait d’attirer essentiellement ceux qui sont concernés par l’éducation côté business et les représentants des grandes bureaucraties, les deux étant peu à peu coupés des vrais acteurs de terrain.

Le traumatisme de la crise perlière

Les connaisseurs du pays ont une explication pour la détermination du Qatar à s’engager à fond dans la knowledge based society. Ce serait pour anticiper la fin, bien qu’à une date encore inconnue, des ressources gazières.

Cette volonté serait dopée par le souvenir du traumatisme économique subi à partir des années 1930 lors du déclin du commerce des perles naturelles qui constituait jusqu’alors la plus grande richesse du pays.

Des milliers de plongeurs en apnée alimentaient ce commerce, qui a périclité du fait de la généralisation des procédés de production des perles artificielles. Avant d’être compensé dans les années 1950-1960 par la montée de la production pétrolière, le déclin de cette activité a plongé la population dans une période de pauvreté.

L’explication est crédible mais elle a un défaut : elle ne vaut que pour le Qatar (et un peu pour le Bahrein) alors que ce processus a été vécu par l’ensemble du Golfe arabo-persique. Par exemple, le monument qui, à Manama, capitale du Bahrein, a été détruit par les autorités à l’issue du mouvement protestataire en mars 2011 avait donné son nom à la « place de la Perle ».

Cette réserve n’enlève rien, cependant, à la détermination des dirigeants du Qatar à faire de leur pays une référence régionale et mondiale en matière d’éducation et de formation universitaire.

Un détail malséant

Au stade de l’inscription au WISE perdure (en tout cas perdurait en 2010) un « détail » si malséant à relever que personne ne le fait : il est expressément mentionné que le passeport du participant ne doit pas comporter de visa israélien. Utilité ? Sauf une pure concession aux esprits obtus, aucune.

Un visa n’équivaut en rien à un soutien à la politique du pays émetteur. Et cette exigence est d’autant plus absurde que le Qatar a par ailleurs normalisé ses relations avec Israël. Je n’avais pas ce visa, mais peu importe : accepter cette condition sans piper mot m’a fait un peu honte.

Le désir de voyage, si, présent dans le choix de la profession journalistique et si peu comblé en général, m’a dicté une petite lâcheté. Que je partage avec tous les autres invités.

Mythologie du désert

Terminons de manière plus réjouissante sur une note esthético-orientaliste.

L’alliage de la mythologie du désert, de l’ultra-modernité, des récits épiques et des effets de robes a été largement exploité par la littérature et le cinéma, de Star wars à Dune.

Au WISE, une certaine ambiance « guerre des étoiles » est garantie. Elle donne à ce fourmillement cosmopolite un cachet particulier aux yeux de l’Occidental moyen et contribue à un léger sentiment d’irréalité.

Les tenues traditionnelles des Qataris y contribuent. Blanches immaculées pour les hommes, noires pour les femmes, elles frappent par leur extrême prestance.

En ce qui concerne les femmes – du moins celles que l’on peut apercevoir dans le cadre du sommet ou bien à Education City – leur style « princesse médiévale » est impressionnant et s’éloigne de l’image habituelle de la « femme voilée ».

La abaya, robe noire à manches longues qui les couvre de la tête aux pieds, est pourtant, en principe, un vêtement des plus austères. En fait, il est aussi une illustration des paradoxes du puritanisme et des mille et une manières dont il peut être subtilement détourné.

L’étendue des variations du noir, de ses matières et de ses superpositions possibles est étonnante : tissu mat, brillant, moiré, velouté, dentelé, ouvragé, brodé, strié, nuageux, opaque, translucide, rehaussé ou non d’une touche de couleur vive…

Pourquoi maintenant ?

Quelqu’un m’a posé la question : pourquoi des articles sur le WISE si longtemps après y avoir participé ?

Accessoirement, à l’origine, parce qu’un bête incident de transmission a empêché la publication sur le site web du journal d’un article factuel très classique envoyé sur le vif depuis Doha.

Ensuite parce que les journalistes ne sont pas des machines. Il faut parfois longtemps pour réfléchir, recouper, faire autre chose que ce qui est attendu par un dispositif de communication.

A cela s’ajoute une foule d’incertitudes et de prudences indispensables sur un pays inconnu.

Enfin, j’ai beaucoup « raconté » cet article à quelqu’un qui s’attendait à le lire un jour mais n’est plus là. D’où la dédicace à mon père qui ouvre le premier billet de cette série, et termine ici le dernier.

Luc Cédelle

PS.

1)  Une information que je dois à la vigilance du site Touteduc. La Qatar foundation, dont la communication est parfaitement cadencée, vient juste de publier, le 14 juillet, une liste de 20 projets finalistes pour les six WISE awards 2011, qui seront annoncés en septembre. Ces récompenses pré-existaient au WISE prize et ne se confondent pas avec ce prix international qui devrait pour la première fois être décerné en novembre.

2) Mêmes sujets, autre versant : le 4ème congrès de l’Internationale de l’Education, la fédération mondiale des syndicats d’enseignants, se tient du 22 au 26 juillet 2011 au Cap, en Afrique du Sud en présence de 1600 délégués. Comme à Doha, les représentants de l’Unesco, de l’Unicef, de l’OCDE et d’autres organisations internationales y participent. En revanche, les médias du monde entier n’y sont pas conviés tous frais payés…

A Doha, l’idéologie mondiale de l’éducation (4)

La notion de droit à l’éducation pour tous, portée par l’ONU et par un ensemble d’organisations internationales, à commencer par l’Unesco est la principale référence mise en avant par le World Innovation Summit for Education (WISE), auquel je consacre ici ce quatrième et avant-dernier billet.

« Ces gens-là ne représentent pas l’Islam »

Homme politique et diplomate algérien, Lakhdar Brahimi a exercé de hautes fonctions au sein de l’ONU, notamment celles de secrétaire général adjoint. Il est une des personnalités qui, depuis 2009, accompagne l’aventure du WISE.

Lors de la séance d’ouverture de décembre 2010, après  un exposé géopolitique et le rappel des objectifs de l’ONU en matière d’éducation, il aborde une actualité récente : la sanglante attaque, le mois précédent, contre une église en Irak.

Condamnation sans réserve. « Ces gens-là ne représentent pas l’Islam », dit-il au sujet des assaillants. « L’éducation, enchaîne-t-il, ce n’est pas seulement apprendre à lire et à écrire, il y a aussi les valeurs, dont la première est la tolérance ».

Il s’en prend aussi à la « catastrophique invasion de l’Iraq en 2003 » mais conclut par l’idée que « nos nations arabes sont aussi responsables de l’actuel état des choses ». Il termine son discours par un tonitruant « yes, we can ».

Hostilité zéro

Par l’intermédiaire d’une vidéo enregistrée, Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des représentants, lui succède et délivre depuis Washington un message de sympathie et d’encouragement. Le Qatar abrite une importante base aérienne américaine, et les Etats-Unis, ici, ne sont pas le Grand Satan.

Les autres occidentaux non plus.

Et cela ne découle pas seulement des contraintes militaro-diplomatiques. Le WISE n’est certes pas tout le Qatar, mais d’après tout ce qu’il est possible d’y percevoir, des propos publics jusqu’aux signes subliminaux, cette « hostilité zéro » n’est pas feinte.

L’idéologie mondiale de l’éducation ne peut prospérer que sur le fond d’un état d’esprit profondément pacifique.

Respectabilité démocratique

Aussi floue soit-elle, la promotion du droit à l’éducation s’accommode mal des régimes totalitaires, a fortiori lorsqu’ils se livrent à de féroces répressions. Une certaine respectabilité démocratique est de mise pour organiser une manifestation internationale sur ce thème.

Le régime du Qatar relève actuellement plus de l’absolutisme, fut-il éclairé, que de la démocratie. Depuis l’instauration en 1999 d’élections tous les quatre ans à l’unique conseil municipal (les dernières ont eu lieu le 10 mai 2011), ce régime s’inscrit cependant dans un processus politique qui vise officiellement la transition vers une « vraie » démocratie.

Des élections législatives partielles, promises depuis des années, tardent à venir. On peut donc rester circonspect face aux intentions affichées et demander à les voir se concrétiser. On peut même en contester la crédibilité (voir un exemple de contestation, intéressant même si je n’ai pas les moyens d’en apprécier la rigueur journalistique).

Classement contestable

Selon un « indice de démocratie » élaboré par le magazine britannique The Economist, le Qatar est classé en 2010 au 137ème rang sur 167 pays, juste derrière la Chine. Avec un indice de 3.09 (3.14 pour la Chine), il est rangé dans la catégorie « régimes autoritaires ». Voisin et ancienne puissance tutélaire du Qatar, le Bahrein est placé à la 122ème place avec un indice de 3.49.

Le défaut évident de ce classement, fondé sur une série de critères allant du pluralisme politique au bon fonctionnement de la justice est qu’il ne prend en compte que des données institutionnelles.

Un critère intégrant des événements, tels que ceux de Tien-An-Men ou du Tibet, rétrograderait la Chine. Il déclasserait tout autant, désormais, le Bahrein, où les manifestants pacifiques du printemps dernier ont été impitoyablement écrasés avec l’appui militaire de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Une dépêche AFP du 18 mars indique que le Qatar, bien que dans de moindres proportions, avait aussi « annoncé sa participation à cette opération », menée dans le cadre de la force commune du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

Le cas du Bahrein est d’autant plus intéressant que ce pays organise, depuis 2009 également, son propre forum international sur l’éducation, baptisé Education Project et dont la dernière édition s’est tenue début octobre 2010.

Concurrent du WISE mais moins important par la participation (600 participants contre 1200), il est organisé clés en main par The Experience, la société de communication événementielle de Richard Attias, ancien organisateur du forum de Davos.

Du bon côté de la vague

Le prochain Education Project est prévu du 14 au 16 octobre. Il sera intéressant de voir s’il n’est pas plus ou moins mis en veilleuse. Car quels que soient le budget engagé et les talents des « communicants », on voit mal qui dans le monde éducatif, à part des collègues en dictature, ira deviser tranquillement au sujet de « l’éducation du futur » sur fond de répression sanglante.

En revanche – mais sous condition permanente qu’aucun événement démocratiquement choquant ne s’y produise – le Qatar reste bien placé malgré ses ambiguïtés internes. Grâce au rôle joué par Al Jazeera, il s’est placé (avec un bémol au sujet du Bahrein) du «bon côté» de la vague révolutionnaire arabe. Et aucun trouble interne n’y a été signalé.

Un des obstacles à l’impact du WISE auprès des acteurs français de l’éducation tient à ce que certains se demandent en quoi une monarchie absolue, dans une société verrouillée par la religion, aurait un quelconque message à transmettre au monde en matière d’éducation.

Péréstroïka des sables ?

La question est légitime. Une possible réponse est qu’il faut voir les choses d’un point de vue dynamique: ce qui a été déclenché par les actuels dirigeants du Qatar dans leur propre pays et au cœur le plus conservateur du monde arabe est un processus de transition.

Peut-être une « péréstroïka des sables », si l’on m’autorise cette facilité journalistique…

Cette transition, vers une démocratie encore lointaine, est aventureuse et fragile. Elle est amorcée « d’en haut », avec les armes de l’absolutisme parce qu’il ne pouvait en être autrement  Le Wise s’inscrit dans cette dynamique générale, qui repose aussi sur un véritable talent d’équilibrisme. Un des point faibles est sans doute que le Qatar ne peut aller trop loin ni trop vite sans se trouver en porte-à-faux, sinon en conflit, avec ses voisins immédiats.

Nationale ou internationale, on voit ainsi que l’éducation reste un thème profondément politique… et que ce n’est pas là un fantasme franco-français !

Luc Cédelle

A suivre un 5ème et dernier (j’en ai rajouté un) billet.

A Doha, l’idéologie mondiale de l’éducation (3)

Sous ce même titre, j’ai déjà publié deux billets [ici et ] de cette petite série consacrée au World Innovation Summit for Education (WISE) de Doha, au Qatar. Une série qui vient de loin puisque c’est au deuxième de ces sommets annuels, au WISE 2010 donc, que j’ai participé, du 7 au 10 décembre dernier.

Mais de quoi est-elle faite, cette « idéologie mondiale de l’éducation » dont, faute d’un concept plus précis, j’affirme la présence concentrée dans cette réunion internationale ? Répondre oblige à quitter le terrain tranquille de la description pour s’aventurer dans celui, plus périlleux, de l’analyse.

L’éclectisme règne

Peut-être le mot « idéologie » doit-il être pris ici comme une catégorie intermédiaire et indéfinissable entre « doctrine » et « ambiance ». Une pirouette de vocabulaire pour habiller la perplexité.

Le premier constat est en effet que si cette idéologie –conservons le mot – relevait de l’ordre végétal, elle ne donnerait pas un jardin à la française. La diversité des propositions, en tant qu’état de fait comme en tant que qualité revendiquée, est un de ses ingrédients.

Au risque du brouillage, l’éclectisme règne.

Projets philanthropiques, projets d’ONG, programmes d’éducation de base ou de formation professionnelle, initiatives mettant la technologie au service de l’éducation (à l’image du projet One laptop per child – un ordinateur portable par enfant) : rien n’est choquant et tout est a priori intéressant et positif dans ce qui est présenté.

Le WISE agrège une foule d’éléments en vrac : dispositifs, projets, pratiques, expériences, outils, méthodes, approches, etc.  Un ensemble hétérogène où personne ne semble avoir tracé des espaces distincts ni placé des repères.

La foi dans le progrès

Le deuxième constat est qu’il s’agit d’une idéologie – d’un « système d’idées propre à orienter l’action » – d’où le mot et le concept même d’idéologie sont bannis.

Manifestement, il faut être français, donc imprégné par atavisme d’un goût médiéval pour la disputatio, pour seulement y penser.

Ce type de manifestation, où s’affirme le parti-pris de ne pas avoir de parti-pris, est à bien des égards l’équivalent dans le domaine de l’éducation de ce que sont dans le débat public les organisations ou mouvements « apolitiques »… l’inclination conservatrice en moins !

Au contraire, la posture novatrice y est valorisée.

C’est d’ailleurs un des plus forts contrastes entre notre ambiance occidentale-européenne désabusée, pessimiste et découragée et celle qui prévaut dans ce genre de sommet, un de ces lieux où la foi dans le progrès semble étrangement intacte.

L’idéologie du WISE est donc implicite. Elle procède par accumulation et alignement d’évidences.

L’exaltation des « bonnes pratiques »

La notion de « bonnes pratiques » en fait partie. L’idée est que, sur tout sujet, il y a des bonnes pratiques ; qu’il faut d’abord les recenser, puis identifier les meilleures et les faire connaître afin que tout le monde puisse s’en emparer.

En ce sens, l’éducation ne serait pas fondamentalement différente du jardinage : il y aurait, pour apprendre à lire, à compter ou pour développer tels types de compétences professionnelles, des impératifs à respecter comme lorsqu’on doit semer avant ou après la pluie.

En elle-même, cette idée n’a évidemment rien de condamnable : si l’on a un potager, mieux vaut en effet y semer à bon escient. Et dans le jardin potager de l’éducation, chaque parcelle, bien sûr, appelle et mérite les « meilleures » pratiques.

C’est un principe apparemment simple… Il se complique aussitôt dès lors qu’il s’agit de définir les critères du « meilleur », qui dépendent du résultat visé et donc d’une réflexion préalable sur les finalités. « L’éducation » en général, comme finalité, est trop vague.

Entre naïveté et habileté

Veut-on, dans le potager, la meilleure tomate au goût ou la plus grosse ? Ou la plus économique à produire ? Pesticides ou culture « bio » ? Veut-on, en éducation, former une élite ou élever le niveau de la masse ? Esprit critique ou docilité ? Culture générale ou utilitarisme ? Ou tout en même temps ?

L’exaltation des « bonnes pratiques » intervient le plus souvent en état d’apesanteur philosophique et politique : soit que la question des finalités soit déjà réglée, soit qu’on préfère la contourner.

Au WISE, on peut y voir une part de naïveté, venant d’organisateurs qui découvrent les problématiques éducatives et leur complexité. On peut y voir aussi une part de volonté tactique d’éviter les sujets qui fâchent.

Peut-être aussi, dans le contexte régional, une habileté vis-à-vis des religieux : sauf à s’identifier aux pires extrémistes, il leur serait difficile de se déclarer hostiles à l’éducation en général. Surtout si celle-ci est enrobée dans un « flou ONU » ne prêtant guère aux controverses.

Les autres « évidences » omniprésentes sont exprimées à travers la constante mise en avant de la technologie et de l’innovation, nimbées de l’aura de la créativité… Le tout est généralement présenté sans recul critique, sans envisager de possibles illusions, errements ou effets pervers.

« action / réaction »

L’idéologie WISE de l’éducation, donc, ne tranche pas. Elle passe directement des généralités absolues au pratico-pratique. Comme s’il suffisait, pour être quitte sur les finalités, de déclarer qu’il faut « enseigner aux élèves comment devenir de meilleurs citoyens du monde ».

Elle ne tranche pas, en matière d’organisation scolaire, entre le privé et le public. « Chaque pays a son modèle », déclarait Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, lors d’un débat à ce sujet. Elle contourne la question de la présence et du rôle des pouvoirs religieux dans l’enseignement.

Elle ne tranche pas entre la centralisation et le « gouvernance » locale. Elle ne tranche même pas, au fond, entre la démocratie et la dictature, ou seulement de manière timide, dans le cadre prudent de l’implicite. Toujours le flou ONU.

L’éclectisme apolitique, le pragmatisme anglo-saxon, le sentiment d’urgence des pays émergents concourent à former un esprit « action-réaction » de recherche d’efficacité immédiate. A mi-chemin entre la mentalité de l’entrepreneur et celle de l’ONG de terrain.

Un potentiel de changement

A quelques belles exceptions près, les grands absents du WISE sont jusqu’à présent les sociologues, philosophes et historiens de l’éducation, les pédagogues et les syndicalistes. Pris tous ensemble, cela fait quand même beaucoup.

Et ces absences suggèrent une sorte de rêve libéral où, enfin délivrés des contradicteurs professionnels, l’on se retrouverait entre financiers, gestionnaires et « producteurs » d’enseignement.

Ces angles critiques ne doivent pas cependant faire oublier deux points essentiels.

D’une part et malgré toutes ses ambiguïtés, le WISE (de même que la Qatar Foundation qui en est la matrice) est quand même fondé sur une grande idée qui fournit à tous ses participants un dénominateur commun : le « droit à l’éducation ».

Ce « droit à l’éducation » est défini par les grands textes de référence des droits de l’homme, de la Déclaration universelle de 1948 (article 26) jusqu’à la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, en passant par le Pacte international de 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Comme souvent en matière de droits humains, et comme on l’oublie facilement dans nos pays, ce qui nous paraît aller de soi (tout en étant inachevé, et parfois menacé) représente encore, ailleurs, une formidable potentialité de changement social.

Eloge de la fraîcheur

L’autre contrepoids aux critiques est que ce genre de manifestation est un intense brassage – d’expériences, de cultures, de conceptions. C’est la face positive du constat d’hétérogénéité fait au début du présent billet.

Dans cette « zone de frottement » – selon l’expression d’une ancienne rectrice française présente à Doha – il faut accepter une fraîcheur du regard. Prendre la mesure des écarts de préoccupations et de culture, relativiser ses idées les plus solides.

Accepter, donc, d’être dérangé, dérouté.

D’autant que toutes les observations ici émises portent sur des tendances dominantes. En fouillant les programmes des débats et conférences, on y trouve quelques doses d’antidote.

Par exemple, parmi les personnalités invitées en 2010 figurait Daniel Andler. Ce mathématicien de formation, fondateur du département d’études cognitives à l’ENS-Ulm est professeur de philosophie des sciences à Paris IV.

Il anime depuis 2006 le groupe Compas, qui se présente comme « un think tank consacré aux rapports entre éducation, cognition et nouvelles technologies » et où l’apprentissage du raisonnement critique n’est pas considéré comme une perte de temps.

Le jeu reste ouvert

Autre exemple : au milieu d’une accumulation de lieux communs libéraux sur le capital humain et de résurgences du New public management à la Tony Blair, j’ai même entendu, au WISE 2010, un orateur  (représentant l’université sud-africaine Stellenbosch) se référer au pédagogue brésilien Paulo Freire.

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde », estimait l’auteur de l’Éducation comme pratique de la liberté et de la Pédagogie des opprimés, qui reçut en 1986 le prix Unesco de l’éducation pour la paix…

La knowledge based society, célébrée dans le cadre du WISE, n’est pas, ou pas encore, unilatérale et monocolore. Même dans un environnement créé de toutes pièces par les pétro-dollars, les tenants de l’éducation comme marché, aussi puissants soient-ils, n’ont pas encore gagné la partie.

Le jeu reste ouvert. Il sera intéressant de voir si le WISE 2011 accentue ou non cette ouverture.

Luc Cédelle

A suivre.

La rectrice n’avait pas dit ce qu’on avait dit qu’elle avait dit

Commençons par compléter le titre ci-dessus, déjà long et pourtant incomplet : la rectrice de l’académie d’Orléans-Tours n’avait pas dit ce qu’on avait dit qu’elle avait dit… tout en disant quand même quelque chose de pas très éloigné mais qui n’aurait pas déclenché pareille polémique.

 

Observons toutefois que tous les démentis ne peuvent être qualifiés de cinglants.

Dans le cas présent, la base sur laquelle la polémique s’est déployée était donc défectueuse. Marie Reynier n’a pas dit, en parlant de son académie : « Si on enlève des statistiques les enfants issus de l’immigration, nos résultats ne sont pas si mauvais ni si différents de ceux des pays européens ».

(en bleu, passage modifié le 27 juin à la demande de la République du Centre, L.C.) Elle n’a pas prononcé cette phrase que la Nouvelle République du Centre-Ouest lui avait attribuée. Mme Reynier avait accordé conjointement, la semaine dernière, une interview à deux journaux régionaux : la Nouvelle République du Centre-Ouest et la République du Centre. Chacun de ces deux journaux a publié sa propre version de l’interview, les deux ne se recoupant pas entièrement.

Ses propos avaient été enregistrés par un des journalistes présents. La République du Centre en a publié mardi 21 juin la transcription et mis en ligne l’enregistrement.

Lisse banalité

Selon cette transcription – et sauf nouveau et improbable rebondissement – elle a dit : « Si, dans les enquêtes PISA, dans tous les pays concernés, on enlève finalement les enfants issus de l’immigration, on n’a pas du tout les mêmes résultats ».

Elle ne parlait donc pas de son académie, mais de tous les pays qui, parmi ceux observés par l’enquête internationale PISA, ont dans leur population scolaire des « enfants issus de l’immigration ».

Et il est indéniable que cette vraie phrase, à elle seule, par sa lisse banalité, n’aurait certainement pas déclenché de polémique. Il faut, avant tout autre considération, commencer par en prendre acte.

N’ayant pas prononcé cette phrase, Mme Reynier n’a donc pas formellement fait écho à celle de Claude Guéant qui disait que « les deux-tiers des échecs scolaire, c’est l’échec d’enfants d’immigrés ».

La thèse du « lynchage »

De là à se déclarer victime d’un « lynchage », comme l’indiquait mardi soir une dépêche de l’AFP relayant une nouvelle interview de Mme Reynier, il y a une exagération à laquelle il est impossible de souscrire. Les réactions indignées des opposants et leur prise en compte par les médias ont été rationnelles. Et une série d’arguments invalide la thèse bien pratique du « lynchage ».

D’abord, parce que si la phrase incriminée était inexistante, il a fallu plusieurs jours, presque une semaine, pour que ce soit établi. Dans un premier temps, la rectrice avait exprimé son « regret » que des propos « sortis de leur contexte » aient pu « heurter ». Une attitude qui laisse penser que cette phrase était, même pour elle, de l’ordre du vraisemblable.

Les médias, collectivement, ont aussitôt intégré ces nouvelles données –ce regret et cet argument du « hors contexte » –  à toutes leurs relations de l’événement.

Précédemment, et comme je l’ai fait moi-même dans Le Monde daté du 22 juin, la majorité des journalistes (peut-être même la totalité mais je n’ai pas les moyens de le vérifier) avait pris le soin, justement, de citer le contexte de la phrase.

En particulier, les médias ont cité une autre phrase dans laquelle la rectrice évoquait sur un ton plutôt compassionnel « ces jeunes parmi lesquels il y a évidemment de grands talents cachés et qu’on loupe ». La volonté de nuire qu’induit le mot de « lynchage » est donc, dans ce cas précis, inexistante.

Ces « talents » qu’on « loupe »

Par ailleurs, et pour revenir à la réalité des propos effectivement tenus : il importe d’examiner de près l’argument de la compassion et de la solidarité envers ces « talents qu’on loupe » du fait que « l’égalité des chances » n’est pas une réalité.

D’une part un système éducatif démocratique n’est pas un casting : sa raison d’être n’est pas de repérer des talents exceptionnels pour laisser tomber ceux qui auraient moins, mais d’élever le niveau de connaissances de tous – sans niveler ni entraver le potentiel de quiconque.

Par ailleurs, le fait de diluer le propos dans un contexte international en réduit certes le potentiel polémique, mais cela en change-t-il vraiment le fond ?

Dire que toute immigration dans tout pays tend à amoindrir les performances du système éducatif ne semble pas présenter un immense intérêt : quelle conclusion faut-il en tirer ? Que toute immigration est nocive ?

Ou bien, comme le souligne Michel Delord dans un hilarant commentaire à mon précédent billet, qu’il conviendrait de supprimer les classes inférieures ?

En revanche, évoquer innocemment cette généralité lorsqu’on parle de son propre système éducatif national ne revient-il pas à suggérer l’idée qu’une présence « étrangère » viendrait en quelque sorte gâcher nos bonnes performances ?

La rectrice, dans ses déclarations – la première comme les suivantes – se défend personnellement de tout sentiment hostile. Dont acte. Mais cela n’élimine pas un certain climat.

L’argument du « bon sens »

Enfin, l’argument de la banalité et du « bon sens » du propos, déjà utilisé par Claude Guéant, a lui aussi ses dures limites.

Dans la Lettre de ToutEduc, le journaliste Pascal Bouchard fait très justement remarquer que Xavier Darcos, lorsqu’il était ministre de l’éducation avait tenus des propos semblables, affirmant devant des journalistes que, sans l’immigration, la France ne serait pas si loin derrière la Finlande aux tests PISA.

Nous serions donc, poursuit Pascal Bouchard, « face à une évidence: les enfants des classes sociales défavorisées réussissent moins bien que les enfants favorisés ».

« Chacun sait par ailleurs que, à conditions égales, les enfants issus de l’immigration réussissent plutôt mieux que leurs homologues « de souche », mais qu’ils ne sont pas à conditions égales, et que la population immigrée est moins souvent dans les beaux quartiers que dans les cités », poursuit mon confrère.

La main sur le cœur

Tout cela est parfaitement exact. C’est-à-dire parfaitement exact sous la plume de mon confrère qui prend le soin, lui, de rappeler le soubassement social de cette réalité. Et parfaitement hypocrite dans la bouche des politiciens ou polémistes qui, la main sur le cœur, se défendent de toute mauvaise intention au nom du « simple constat de bon sens ».

Il y a une autre différence, que mon confrère relève lui-même : c’est « un certain contexte politicien »… Un contexte inauguré le 30 juillet 2010 par le chef de l’Etat dans un discours mémorable. Un contexte soigneusement entretenu depuis.

Un contexte où, sous couvert de « constats de bon sens » se multiplient et se banalisent la multiplication d’un certain type de propos visant « l’Autre » ou supposé tel – l’étranger, l’immigré, l’enfant d’immigré, aujourd’hui le binational, demain qui ? Un contexte où les propos « innocents » veulent dire quelque chose comme « suivez mon regard… »

Un contexte étriqué.

Luc Cédelle

 

La réaction de Luc Chatel aux propos sur «l’échec d’enfants d’immigrés»

Rue de Grenelle, fin août 2010

Le 22 mai, Claude Guéant déclarait, en s’aventurant sur le terrain éducatif, que «  les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés ». Cette fois, la rectrice de l’académie d’Orléans-Tours déclare dans une récente interview que « si on enlève des statistiques les enfants issus de l’immigration, nos résultats ne sont pas si mauvais ni si différents de ceux des pays européens ».

Mais qu’en pense le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, qui n’avait pas réagi aux propos de M.Guéant et que les syndicats d’enseignants interpellaient cette fois pour qu’il condamne les déclarations de la rectrice ?

Pour un article paru ce jour dans Le Monde daté du 22 juin, j’ai contacté M. Chatel, qui m’a répondu par écrit. Je ne pouvais reprendre que partiellement ses réponses dans l’article. Les voici en version intégrale.

L.Cé.

Etes-vous en accord avec ces déclarations de M. Guéant, puis de Mme Marie Reynier ?

Ces déclarations ont été sorties de leur contexte. Fort heureusement notre école est un facteur d’intégration et permet la réussite du plus grand nombre. Mais il est vrai aussi et c’est ce que montre l’étude PISA  que le fossé se creuse entre les bons élèves et ceux en échec scolaire et que notre capacité à faire réussir tous les élèves et en particulier ceux qui arrivent en France avec un faible niveau de scolarisation, stagne.

C’est là un des enjeux forts pour l’éducation nationale qui s’est attelée à ce problème en réformant complètement l’école élémentaire, lieu des apprentissages fondamentaux, mais aussi en développant les internats d’excellence pour les enfants de l’immigration et en donnant aux établissements  de l’éducation prioritaire les moyens de mettre en place les réponses les mieux adaptées aux élèves accueillis, avec le programme ECLAIR.

Pensez-vous que l’écho polémique de ces déclarations résulte de citations « hors contexte » ?

La rectrice Marie Reynier s’en est expliquée elle-même publiquement. Elle regrette que cette citation ait été sortie du contexte de l’interview qu’elle donnait pour présenter le projet et le plan d’actions académiques.

Précisément l’une des priorités de ce plan d’actions est de tout mettre en œuvre pour casser la spirale de l’échec scolaire qui touche particulièrement les écoles et les établissements scolaires relevant de l’éducation prioritaire.

Sa formulation a peut être été maladroite, mais la suite de l’interview était lui sans ambigüité quand elle parle de l’ambition que l’on doit avoir pour ces jeunes parmi lesquels il y a de nombreux talents. Je peux vous dire qu’elle est profondément touchée d’être ainsi soupçonnée de propos discriminatoires, elle qui est fille d’immigrés.

Que penseriez-vous d’un professeur qui déclarerait que les résultats de sa classe seraient bien meilleurs si on enlevait des statistiques les enfants issus de l’immigration ?

Je n’ose pas penser qu’il en existe ! je connais trop l’engagement, le sens des responsabilité et l’attachement aux principes de l’école républicaine des professeurs. D’ailleurs, dois-je rappeler que l’école en France, l’école publique a obligation d’accueillir, d’instruire et d’éduquer tout enfant quel qu’il soit, d’où qu’il vienne.

Propos recueillis par Luc Cédelle

A Doha, l’idéologie mondiale de l’éducation (2)

 

Vue de Doha. On les appelle les Zig Zag Towers.

Poursuivons notre examen rétrospectif et réflexif du dernier WISE (World Innovation Summit for Education), et revenons à cette cérémonie d’ouverture du 7 décembre 2010, qui nous sert de fil conducteur.

Séquence par séquence, l’animatrice – la journaliste de BBC World et young arab leader Nima Abu-Wardeh –  « lance », comme des sujets dans un magazine télévisé, une série d’interviews, patchwork de responsables éducatifs, universitaires, institutionnels et de grands patrons, dont ceux d’Exxon et de General Electric. Ils disent tout le bien qu’ils pensent d’une bonne éducation et de l’éducation en tant que projet.

L’éducation, voilà la solution, la clé de l’harmonie planétaire, le fondement de l’avenir, le ferment de la prospérité générale. Le trait d’union manquant qui apporte l’effacement des malentendus et la fin des conflits. Tout est presque formulé ainsi, sur le ton de l’évidence.

Discours de base

Il y a encore des appartements à vendre

Le discours de base de la Qatar Foundation, décliné à l’infini sur les brochures, livres, documents et sites Interent ne dit pas autre chose.  « L’éducation, lit-on sur la présentation par la princesse Moza du prix international qui sera décerné en novembre 2011, est au fondement de l’activité humaine. »

« C’est un droit élémentaire et un puissant catalyseur du développement social, culturel, politique et économique. L’éducation est la clé de la réalisation des objectifs du Millénaire [les objectifs de l’ONU pour 2015], qu’ils concernent la santé maternelle et infantile, l’égalité des sexes ou la lutte contre la pauvreté et la faim. C’est un chemin vers des solutions qui permettront le développement équitable et durable de notre monde globalisé ».

Le style d’expression de la présentatrice est, en version féminine, celui d’Al Gore donnant une conférence sur le climat.

Proclamant avec ferveur que l’éducation « ne doit pas être le privilège d’une minorité », elle salue les 1200 personnes présentes, promues educational leaders. En tout cas, toutes ont des responsabilités professionnelles en ce domaine. Toutes sont aussi invitées par les organisateurs, transportées depuis leur pays de résidence et logées dans les hôtels cinq étoiles de la capitale.

Journalistes face à la « com »

Comme des centaines de confrères de tous pays, me voici embarqué dans une vaste opération de communication dont nous sommes simultanément les cibles et une partie des acteurs. Cependant, n’allez pas croire les journalistes français de l’éducation trimbalés de palace en palace, vous n’y seriez pas du tout.

Ce genre d’invitation relève de l’exceptionnel. Celle-ci est à la fois exceptionnelle et inclassable.

Bien entendu, nous sommes pris en main. Sur la démarche entreprise par le Qatar, nous n’entendons qu’un seul discours, le discours officiel. Nous ne voyons que ce que l’on veut nous montrer. Cela étant, nous ne sommes pas « fliqués » comme dans une dictature et tout ce qui nous est présenté est puissamment intéressant.

Le fait même qu’un émirat arabe se positionne au niveau international sur le terrain de l’éducation est un fait qui bouscule nos représentations. Nous percevons assez vite qu’il s’agit à la fois d’un levier extérieur et intérieur.

Le couple modernité/tradition

Sur le plan extérieur, cet investissement dans la thématique de « l’éducation pour tous » – comme le programme de l’Unesco du même nom – apporte au pays un considérable gain d’image au moment où, ailleurs dans le monde, certains brûlent des écoles en se revendiquant de l’Islam. Il apporte aussi une présence dans les institutions internationales, et s’accompagne d’initiatives humanitaires qui contribuent à la réputation du Qatar.

A l’échelle régionale, jouer ostensiblement la carte de l’éducation est une façon radicale de se démarquer du conservatisme omniprésent et des tendances fondamentalistes – tout en démontrant aux opinions publiques les bienfaits de l’ouverture pacifique à l’occident.

Sur le plan intérieur, c’est flatter le sentiment national par la reconnaissance extérieure obtenue, donc par l’inverse de l’agressivité vis-à-vis de l’étranger que cultivent habituellement les nationalismes. C’est aussi faire lever l’espoir des femmes et des jeunes, à travers une évolution qui, pour mieux se faire accepter, est indissociable d’une célébration permanente des traditions.

A ce propos, voici deux images éloquentes, prélevées sur la vidéo de la cérémonie d’ouverture précédente, celle de 2009. La princesse y concluait son discours par une citation attribuée à Frédéric Nietzsche (je n’ai pas vérifié) et que l’on pourrait traduire ainsi : « L’innovation est un bienfait lorsqu’elle ne nous détache pas du passé ».

Une des illustrations les plus frappantes de ce principe politique d’imbrication entre la modernité et la tradition est physiquement inscrite dans la réalisation à Doha d’un espace dénommé Education City, que tous les participants au WISE sont invités à visiter.

Un campus géant

Il s’agit d’un campus géant où – à la lisière de la ville et sur une quinzaine de kilomètres carrés – sont implantés une dizaine de sites universitaires. Il est difficile de ne voir qu’une coïncidence dans le fait que cet ensemble hypermoderne est contigu aux haras royaux, donc à une des pointes extrêmes de la tradition nationale.

Education City est une réalisation de la Qatar Foundation, qui veut –évidemment- en faire un pôle d’attraction à l’échelle régionale et internationale. Six grandes universités américaines y sont implantées : Virginia Commonwealth, Weill Cornell, Texas A&M, Carnegie Mellon, Georgetown et Northwestern. HEC Paris et University College de Londres y ont une simple antenne.

Une ode à la connaissance

Le site peut accueillir des dizaines de milliers d’étudiants. Il n’en accueille que quelques milliers aujourd’hui. Détail qui n’en est pas un : ces équipements universitaires sont aussi un laboratoire de la mixité, c’est-à-dire d’une pratique encore très osée dans le contexte local.

Education City est pour le moment en grande partie une coquille vide. Mais quelle coquille ! Et quelle ambition ainsi affirmée ! Tout y exprime, une fois de plus, la volonté d’être « au top ».

Education City. Intérieur d'un bâtiment.

Les bâtiments de ces universités, comme toutes les constructions à Education City sont  tels que l’on croit se promener à travers les pages d’une revue d’architecture. Une architecture d’un niveau de richesse et de confort à faire blêmir un président d’université française.

« Know more »

Les principaux bâtiments sont là mais les travaux, partout, se poursuivent. Cet immense chantier porte un message, bilingue arabe et anglais, omniprésent sur les palissades et sur les façades. C’est une collection de verbes qui, l’un après l’autre et sur le mode impératif, disent : learn ; create ; achieve ; wonder ; innovate. Ou encore think et know more. Inutile de traduire cette ode publicitaire à la connaissance.

Un des mes interlocuteurs sceptiques cherche à tempérer ma naïveté  de « bon public » facilement émerveillé : « Ah, bah, les slogans partout c’est les Américains, hein ! ». Admettons, mais il ne faut pas oublier les commanditaires, qui ont l’air de très bien savoir ce qu’ils veulent.

A suivre

Luc Cédelle

A Doha, l’idéologie mondiale de l’éducation (1)

Cette série de billets est dédiée à mon père, Jean Cédelle dit Laberthonnière.

Musique. Dans l’immensité de la salle, d’un écran géant à l’autre rebondissent les images et les sons d’un clip célébrant l’éducation, ceux qui la font et ceux qui la reçoivent sur tous les continents. Une sorte de « vive les profs », à la manière du récent supplément Monde éducation d’avril 2011… mais planétaire.

Planétaire et bien antérieur, puisque nous étions – nous sommes – à l’hôtel Sheraton de Doha, capitale du Qatar, le mardi 7 décembre 2010. Je m’expliquerai plus tard sur ce décalage dans le temps qui est une injure aux bonnes manières et à l’orthodoxie journalistique.

L'hôtel Sheraton de Doha

La salle est équipée avec raffinement de milliers de sièges, sobres mais réellement confortables, recouverts d’un tissu blanc. Sur chacun est disposé un écouteur sans fil pour la traduction simultanée.

Depuis quelques secondes, le WISE 2010 est ouvert. WISE, qui signifie sage ou avisé en anglais, est l’acronyme de World Innovation Summit for Education. *

Il y a eu précédemment un WISE 2009. Il y aura aussi –save the date !– un WISE 2011, qui aura lieu du 1er au 3 novembre et sera le troisième du genre. A cette occasion sera décerné un prix international de l’éducation, sorte de Nobel sans le nom, d’une valeur de 500 000 dollars.

Mais n’allons pas, si j’ose dire, trop vite.

Une ONG royale

Une jeune femme en tailleur bleu et au sourire ravageur apparaît sur la scène, qu’elle arpente de long en large, son image démultipliée sur les écrans. Je saurai plus tard qu’il s’agit d’une journaliste connue, Nima Abu-Wardeh, présentatrice sur BBC World de l’émission Middle East Business Report.

En anglais, avec des mines d’actrice, elle s’engage dans une envoûtante harangue sur l’importance de l’éducation, sur les millions d’enfants dans le monde qui en sont encore dépourvus et sur l’insupportable proportion de filles parmi eux.

Ça n’a l’air de rien, mais il n’est pas si évident ni si facile d’insister sur cette réalité à ce moment et à cet endroit du monde.

Dans l’assistance bigarrée se mêlent les costumes cravates et toutes les tenues traditionnelles de l’Afrique et de l’Orient. Les femmes en pantalon moulant côtoient celles que recouvrent des voiles noirs. A cet instant, le « printemps arabe » est en gestation, encore inimaginable et pourtant extrêmement proche. La révolution tunisienne ne commencera que dix jours plus tard avec le suicide par le feu de Mohamed Bouazizi, le 17 décembre.

Avec, semble-t-il, autant de connivence que de déférence, la jeune femme salue « your Highness », la princesse, présente au premier rang du parterre. Epouse de l’émir du Qatar, la princesse Moza bint Nasser Al Missned est présidente de la Qatar Foundation, institution privée non lucrative destinée à promouvoir le droit à l’éducation. Organisatrice du WISE, cette fondation est une sorte d’ONG royale, si l’on peut dire.

Courant moderniste

"Her Highness" à la tribune

Militante réelle et passionnée du droit à l’éducation, « Sheikha Moza » est un personnage public d’envergure au Qatar où elle incarne à la fois la cause de l’émancipation féminine et celle de l’inscription croissante du pays dans le concert des nations.

Les observateurs la considèrent comme une représentante du courant le plus moderniste au sein de l’émirat et comme la très élégante icône, ou même « l’idole », des jeunes femmes du Qatar. Je ne fais que répercuter ici les propos d’interlocuteurs crédibles. Personne ne peut plonger, en quelques jours de colloque, dans une société si différente de la nôtre.

A ce propos, quelques points de repère : le Qatar, légèrement plus grand que la Corse, est dans le golfe Persique une sorte d’excroissance : une petite péninsule plantée perpendiculairement sur la très grande péninsule arabique. Les estimations de sa population oscillent selon les sources entre 1,1 et 1,5 millions d’habitants, mais il ne compterait que 250 000 nationaux !

Du taxi au manieur de marteau-piqueur en passant par le cuisinier ou la serveuse d’hôtel, la plupart des postes correspondant à un travail d’exécution sont occupés par des non nationaux. Ces derniers sont originaires, par ordre d’importance, du sous-continent indien, du sud-est asiatique, des différentes communautés arabes (Egyptiens, Palestiniens, Syriens et Maghrébins) et d’Iran.

Tout au plus haut niveau

Le Qatar est donc un tout petit pays, immensément riche et immensément ambitieux. Ses réserves de gaz naturel sont très importantes et son produit intérieur brut (PIB) par habitant très élevé.

Cela manque de précisions ? En effet, car j’ai dû, au stade de la vérification, enlever celles que je donnais : les chiffres émanant de différentes sources présentent de tels écarts qu’ils ne peuvent être jugés fiables.

Avant de revenir au WISE, il faut encore savoir que le Qatar, en tant que pays indépendant, n’existe que depuis 1971. A l’origine, il devait faire partie des Emirats arabes unis, mais ce projet ne s’est pas réalisé. En 1995, Sheikh Hamad bin Khalifa, l’actuel émir, a déposé son père à l’occasion d’une révolution de palais – sans violence, paraît-il.

Vecteurs de notoriété

Doha à l'aube

Le lancement d’Al Jazeera, en 1996, a suivi de près et a été le premier vecteur de notoriété planétaire du pays : une insertion au plus haut niveau, avec les plus grands moyens, dans le paysage audiovisuel international.

Avec, aussi, les plus grandes ambiguïtés, puisque la chaîne accueille depuis l’origine et continue d’accueillir chaque semaine les prêches du Cheikh Yûsuf Al-Qaradâwî (Al-Qardaoui).

Ce dernier est un théologien musulman de renommée internationale. Il n’est nullement diffamatoire de rappeler qu’il a soutenu les thèses négationnistes de Roger Garaudy et qu’il a considéré comme un document authentique le Protocole des sages de Sion, célèbre faux antisémite fabriqué par la police tsariste.

Autant il n’est pas possible, a fortiori depuis les révolutions arabes, de réduire la chaîne Al Jazeera à ce courant rétrograde, autant il reste imprudent de l’ignorer. Cela ne fait d’ailleurs que renforcer l’importance et le caractère probablement risqué de l’engagement des modernistes en faveur du droit à l’éducation et autres novations propres à horrifier les intégristes.

Engagement risqué

On entrevoit ainsi les tensions qui, forcément, traversent la société du Qatar.

Les deux autres vecteurs de notoriété du pays sont la Coupe du monde de football en 2022 – une date lointaine mais une perspective déjà célébrée partout à Doha –  et le WISE, créé en 2009, qui s’impose peu à peu comme un rendez-vous « incontournable » en éducation.

Il ne faut pas longtemps avant de comprendre que les actuels dirigeants du Qatar, disposant des plus grands moyens, veulent tout faire au plus haut niveau.

A suivre

Luc Cédelle

* et non World International Summit on Education, comme je l’ai écrit par erreur à l’origine (j’ai rectifié dans toute la série d’articles).

Jean-Jaurès à St-Ouen: chronique d’un collège «calme»

Après le passage à tabac, le  mercredi 25 mai d’un adolescent d’une quinzaine d’années agressé devant son collège à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), l’inspecteur d’académie Daniel Auverlot a déclaré que cet établissement, le collège Jean-Jaurès, était « dans l’ensemble, un établissement calme » et que la dernière agression comparable y remontait à trois ans.

Les professeurs du collège récusent le qualificatif de « calme » attribué à leur établissement. Accueillant environ 750 élèves en centre-ville et face à  la mairie, ce collège a effectivement connu une période très dure il y a trois ans, au terme de laquelle l’équipe avait obtenu un conseiller principal d’éducation (CPE) supplémentaire et des heures de surveillance en plus.

Quelques heures après les faits, un des trois agresseurs présumés a été interpellé dans la commune. On avait d’autre part appris, jeudi en fin de matinée, que l’état de santé de l’adolescent, un élève de troisième prénommé Mathieu, s’était heureusement amélioré.

Le texte qui suit est extrait d’un document saisissant, rédigé il y a trois ans par un membre de l’équipe du collège. Ce texte illustre bien cette situation où un établissement peut être jugé « calme » par l’administration tout en étant un endroit insupportable au jour le jour.

Le voici, brut, sans aucune modification. Mieux que de longs discours, il donne une idée de ce qu’est enseigner ou tenter de le faire dans ce type d’établissement.

Luc Cédelle

Rappel. Les médias ont font-ils « trop » sur ce thème de la violence ? On peut aussi lire <a href= »http://education.blog.lemonde.fr/2011/05/12/violences-scolaires-les-medias-sont-il-%C2%AB-indecents-%C2%BB/ »>ici une tentative de réponse</a>.

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<strong>Historique des actions menées au collège Jean Jaurès (Saint-Ouen)</strong>

Contexte :

Climat de tension depuis la rentrée 2007 : incivilités quotidiennes (pendant les cours, dans les couloirs du collège). Des surveillants dépassés par les événements. Des élèves de plus en plus absentéistes. Qui hantent les couloirs au vu et au su de tous et sur lesquels il est difficile d’avoir prise.
Nombreux conseils de discipline (Trop selon nos autorités – plus d’une vingtaine en 2006-2007. Chiffres à peu près identiques cette année) trop tardifs selon certains professeurs.
Une poignée d’élèves exclus les années précédentes et au cours de cette année investissent le seuil du collège, gênent les entrées et les sorties, créent un climat pesant. Belliqueux, ils insultent les professeurs, viennent régler des comptes avec des élèves, installent une atmosphère délétère (bagarres sur le parvis, intrusions très fréquentes et rarement pacifiques). Notre direction multiplie les signalements mais néglige les plaintes sauf dans les cas très graves.

<strong>Véritable élément déclencheur : </strong>
Janvier 2008 : découverte d’une bombe à l’acide chlorhydrique devant une salle de classe.
Réaction immédiate : exercice du droit de retrait (aussitôt contesté par l’IA) + grève.
Soutien des parents d’élèves

Pour dénouer la situation, l’IA (représentée par M. Rouquette, accepte de recevoir une délégation (membres élus du CA – parents et enseignants -, représentants de la mairie), nous affirme son soutien ( !) et nous fait des propositions. Nos revendications n’ont pas encore pris leur forme définitive.

•    Maintien de 2 postes de surveillance en CAE (devant l’urgence, nous n’argumentons pas sur le caractère précaire de ces emplois)
•    Ajout d’un poste de surveillance en CAE
•    Diagnostic Vie scolaire

L’IA déplore de ne pouvoir pourvoir le ½ poste d’infirmière qui nous fait défaut (créé mais vacant faute de candidats). On nous renvoie au Rectorat pour ce qui est de l’attribution d’un poste de CPE supplémentaire, de même que pour l’affectation de l’infirmière. On nous rappelle que nous disposons d’une dotation en heures REP pour mettre en place des actions de prévention en partenariat.
<strong>Des queues de cerises !</strong> (De plus, les élus présents au cours de l’audience et l’IA se renvoient la balle, parasitent la discussion par des débats politiciens, alors que nous avons besoin d’appui et de mesures concrètes.)

De notre côté :
–    Contacts avec la Mairie de Saint-Ouen (réactivation du CLS), les éducateurs de la ville, avec le Conseil général (Notre établissement n’est pas suffisamment sécurisé. On y entre et sort comme dans un moulin.), avec la Police nationale.

<strong>Entre février et juin :
</strong>
Rien de ce qui a été promis ne vient sauf la visite-diagnostic-conseil-vie-scolaire au terme de laquelle, Mme Lemoigne, adjointe de l’Inspecteur d’académie, constate que nous manquons de personnel de surveillance au vu de la configuration des locaux et qu’il faut alléger la charge de travail de nos CPE qui donnent déjà beaucoup. Elle confirme le CAE supplémentaire promis.
Difficultés de notre principal pour recruter lesdits CAE (L’ANPE ne fait pas suffisamment de propositions, les rares candidats ne seraient pas qualifiés pour les postes proposés.)
Le CG ne se presse pas pour accéder à nos demandes de sécurisation.
La situation empire aux abords et à l’intérieur du collège jusqu’à l’insupportable : Pas un jour sans une insulte, un crachat, une pierre, une intrusion qu’il faut gérer de manière plus ou moins musclée. A l’intérieur, des départs d’incendie, tous repérés à temps, dans les toilettes, dans les couloirs. (NB : nous enseignons dans un vieil et bel établissement doté de nombreux planchers.)
Malgré nos récriminations, la situation ne semble pas émouvoir tous ceux à qui nous avons fait appel.

<strong>Courant mai (Ce qui a précipité les choses) :</strong>

–    Une enseignante d’EPS assure son cours dans le stade municipal (ouvert sur l’extérieur), elle fait l’objet devant sa classe d’insultes ordurières et de menaces en tous genres (viols et autres abjections !). C’est le fait des élèves exclus qui hantent les abords du collège, flanqués d’élèves problématiques encore inscrits. On lui fait savoir qu’elle doit porter plainte en son nom propre.

Indignation des collègues : Nous nous rendons en nombre au commissariat (23 enseignants) pour porter plainte ensemble. Chacun y va de sa plainte et rapporte des faits survenus au cours des semaines qui ont précédé. La Police est ravie. Elle nous apprend que trop peu d’éléments sont rapportés par le collège, que certain parmi nos anciens élèves ont un dossier trop léger pour pouvoir être étudié par la justice.

Notre principal procède beaucoup par signalements à l’IA, ainsi qu’on l’exige de lui, et nous confesse être lui-même être l’objet de menaces directes très explicites. Au cours de cette période, un ancien élève s’est introduit dans l’établissement (pour mettre ses menaces contre le principal à exécution) mais a été arrêté à la dernière minute par un collègue alors qu’il s’apprêtait à pénétrer dans le bureau de notre chef d’établissement.

<strong>La grogne s’amplifie</strong>

Vendredi 6 juin 2008
–    La même semaine, vendredi 6 juin, dans la nuit, une salle de classe du collège est vandalisée. La presse est avertie (article paru dans le Parisien – édition locale – daté du samedi 7 juin)
<strong>Réaction des enseignants : </strong>
–    Exercice du droit de retrait (encore). Même traitement par l’IA (contestation) que lors de la 1ère action. Vote de la grève reconductible. Dépôt de préavis pour le lundi suivant (aucun cours ne sera assuré ce jour-là). Le SNES est contacté, nous apporte conseils, soutient nos démarches.
–    Demande d’audience à l’IA
–    Demande d’audience au Rectorat
–    Lettre au CG pour les travaux de sécurisation
–    Contacts avec les élus locaux et les parents d’élèves (mobilisation rapide et efficace)

Nos revendications ont pris forme :

–    Un CPE supplémentaire (demande légitimes au vu de notre profil d’établissement, de nos effectifs et par comparaison avec les autres établissements du district.)
–    La requalification des postes de CAE confirmés ou promis en postes d’assistants d’éducation (3)
–    Le recrutement d’une infirmière à affecter sur le ½ poste vacant.
–    L’appui de nos démarches auprès des diverses instances interpellées (CG, etc.)
–    L’abondement de notre DHG pour mettre en place des projets de prévention de la violence.
En off : nous souhaiterions être assurés que notre principale adjointe qui nous quitte (mutation) soit remplacée dans la mesure du possible par quelqu’un qui ne soit ni stagiaire ni faisant fonction de.

<strong>Lundi 9 juin 2008</strong>
L’IA propose de se déplacer dès le lundi suivant (le 9 juin). Dans l’improvisation, se monte une comité d’accueil : des parents d’élèves nombreux, une adjointe au maire, M. Hanotin, vice-président du CG, le député Leroux veulent assister à l’entretien.
Gêne de l’IA qui menace de partir puis accepte le dispositif.
Dispositif (en concertation) : Nul ne s’exprime sauf la délégation des personnels.

L’IA, acculé (nous lui rappelons ses promesses non tenues) réagit mal et perd en crédibilité aux yeux de l’assistance. La séance est levée. Nous n’avons rien obtenu de plus que quelques heures pour des projets de prévention de la violence (le nombre n’est pas déterminé, 4 ou 5, nous dit-on.). L’attribution des CAE, si elle n’est pas remise en cause est laissée dans le plus grand flou.
Réunis en assemblée générale, les personnels enseignants, insatisfaits des réponses qui leur ont été apportées, votent aussitôt la reconduction de la grève.

A l’issue de cette rencontre, le CG nous assure qu’il est disposé à procéder aux travaux de sécurisation d’urgence pourvu que nous les lui rappelions par courrier au plus vite (chose faite le lendemain). On nous reproche de ne pas avoir insisté auparavant (On a beau jeu de le faire).

<strong>Mardi 10 juin 2008</strong>

AG diverses au cours de la journée suivante, mardi 10 juin (jour de la grève nationale de la fonction publique), actions, contacts. Une réunion avec les parents est prévue pour jeudi 12 juin (Appel de toutes les familles. Chaque PP se charge de sa classe.) pour faire le point sur la situation.
Nous attendons une réponse du Rectorat. Notre principal est sur le pont : les coups de fils se succèdent. Quelque chose est en train de se passer. On nous fait lanterner toute la journée.
Coup de théâtre : la réponse du Rectorat arrive à 16h00, pendant le vote sur la reconduction (Vous avez dit bizarre !). Rendez-vous est pris : une délégation sera reçue lundi 16 juin 2008 dans la matinée (détail savoureux : la délégation reçue, doit être constituée, nous dit-on, d’enseignants qui n’ont pas cours à ce moment-là !).

<strong>Mercredi 11 juin 2008</strong>
Débats sur l’attitude à adopter : reconduire ou chercher d’autres solutions au vu des avancées.
Cadre de réflexion : malgré la belle mobilisation, le mouvement risque de s’essouffler rapidement s’il demeure raide. De nombreux enseignants expriment leur soutien mais font part de difficultés légitimes à poursuivre sur une ligne dure. La période est tout sauf propice à la mobilisation.
Pour entrer dans le jeu stratégique du Rectorat, nous votons à la majorité la reprise des cours dès le lendemain (signe de bonne volonté) mais nous déposons un préavis de grève pour mardi 17 (au lendemain de l’audience au Rectorat). Nous aviserons de la conduite à tenir au sortir de l’entrevue. Elle dépendra de la satisfaction ou non de nos revendications.
En cours :
–    Mise au point de la plate-forme de revendications (les mêmes que celles exposées plus haut mais plus argumentées), préparation de l’argumentaire, constitution de la délégation (Il est entendu que nous prenons la demande du rectorat de ne faire participer que des personnels ne travaillant pas à la date prévue comme une pochade.).
–    Mise au point de l’ordre du jour pour la réunion de jeudi 12 avec les parents. Il s’agit maintenant de leur demander de nous appuyer et de nous accompagner au Rectorat lundi.
–    Invitation des élus à cette réunion. Demande de soutien sous la forme qui paraîtra la plus appropriée.